Un témoignage n'est pas une preuve, et celui-ci ne fait pas exception. Il a une autre valeur : il décrit une séquence concrète, la lecture d'un livre, une visite, une matinée d'observation, une inscription, un coût, des changements à la maison, que la plupart des familles qui envisagent Montessori traverseront dans le même ordre. Le texte est publié tel qu'il nous a été transmis.
Le récit d'Élodie B.
La découverte, par un livre
Mon mari, mes deux filles et moi-même habitons dans le sud de la France. Ma plus grande fille (Justine) allait rentrer en CE2 et ma plus petite (Élise) devait rentrer à l'école maternelle en septembre avant que nous découvrions la pédagogie Montessori.
J'avais déjà vu plusieurs livres sur la pédagogie dans les rayons d'un grand magasin sans m'arrêter dessus. Un jour, une amie a lu l'un des livres de Maria Montessori, m'en a parlé et m'a conseillé de le lire. J'ai donc lu « L'enfant dans la famille » et cette lecture a été une révélation pour moi. J'ai ensuite proposé à mon mari de le lire. Ce livre a complètement remis en question la vision que la société a de l'enfant, et remis en question l'éducation que l'on a reçue de nos propres parents et celle que l'on donne à nos enfants. Nous sommes donc rapidement tombés d'accord : nous devions nous intéresser de plus près à cette pédagogie.
Nous avons entamé les recherches sur internet et la recherche d'écoles autour de chez nous pour Élise. Justine était bonne élève en école primaire, très bien intégrée, et le système scolaire classique ne semblait pas lui poser de problèmes. Après une longue réflexion, nous pensions qu'il était préférable pour le moment que Justine reste dans ce parcours scolaire.
La visite, sans l'enfant
Deux écoles ont attiré notre attention, dont une plus sérieusement, car elle était à moins de 30 minutes de notre domicile, bien que le coût de la scolarité fût un peu plus élevé. Nous avons pris rendez-vous avec la directrice. Nous nous sommes d'abord rendus sur place sans Élise, afin d'échanger avec la directrice et de découvrir par nous-mêmes ce qu'est une école Montessori.
Ce qui nous a surpris au début, c'était ce grand espace rangé, avec autant de matériel. Il n'y avait pas de dessins, de peintures, d'images et de frises sur les murs, comme nous pouvons en voir dans les classes de maternelles classiques. L'ambiance semblait apaisante et propice au travail.
La directrice nous a expliqué le programme d'une journée type, et j'avoue avoir été très étonnée de l'absence de récréation en plein milieu de la matinée. La directrice m'a expliqué que les enfants étaient en plein travail et en pleine concentration à ce moment-là, et qu'une interruption au milieu du temps de travail atténuerait leur concentration. Mon mari et moi étions stupéfaits de constater l'énorme différence d'organisation et de pédagogie entre les écoles Montessori et l'école classique. Nous avons également pu constater que les écoles Montessori se doivent de respecter le programme de l'Éducation nationale, mais l'enseignent d'une autre façon aux enfants, en respectant le rythme de chacun et sans notation, ce qui évite la comparaison entre les enfants.
La matinée d'observation
Mon mari et moi avons participé à une matinée d'observation chacun notre tour, et quelle découverte ! Les enfants pouvaient se déplacer à leur guise, sans bruit, pour aller chercher leur travail. Ils reculaient leurs chaises et les replaçaient correctement. Tout était silence, concentration, joie et découverte. La chose la plus importante que nous avons vue, c'est des enfants heureux d'être à l'école, heureux de découvrir et de travailler, dans le plus grand respect de chacun.
La rentrée, et le coût
Notre fille Élise est donc rentrée en septembre (par chance, car il ne restait que très peu de places). La rentrée s'est bien passée, malgré quelques craintes et pleurs au début, comme pour beaucoup d'enfants. Au bout de quelque temps, Élise courait pour aller retrouver ses camarades et son éducatrice. C'était un réel bonheur et soulagement de la voir s'épanouir de cette façon.
Il est vrai que les coûts de la scolarité sont assez élevés compte tenu de nos revenus, mais nous devions faire un choix pour la scolarité d'Élise et nous ne le regrettons pas du tout.
Ce qui a changé à la maison
À la maison, nous avons dû repenser quelques éléments pour que tout soit plus accessible pour nos filles et pour qu'elles soient plus autonomes. Rien que le marche-pied a été une révolution à la maison, pour Élise surtout.
Nous avons également repensé notre façon d'éduquer nos filles et avons pu constater que laisser les enfants plus libres ne voulait pas dire qu'ils faisaient ce qu'ils voulaient, bien au contraire. Pas de liberté sans cadre, et ça change la vie !
Aujourd'hui, et la suite
Mon mari et moi avons mis quelques semaines pour nous adapter à tous ces changements. Aujourd'hui, Justine est au CM2 et tout se passe très bien pour elle, ce qui nous rassure, car nous culpabilisions au début de ne pas avoir été curieux de Montessori à l'époque de sa maternelle. Élise est en dernière année dans la Maison des enfants. Nous avons le projet de déménager dans le Nord pour être près des grands-parents de nos filles, et nous ne savons pas encore dans quelle école Élise ira l'année prochaine. Les éducateurs nous rassurent beaucoup sur ce sujet, en insistant sur le fait que ces trois années lui ont permis et permettront aux enfants de s'adapter facilement à leur environnement, justement.
Son conseil aux parents
« Si vous ne connaissez pas la pédagogie Montessori, nous vous conseillons d'aller lire un livre de Maria Montessori et surtout, d'aller observer quelques heures dans une école. De cette façon, vous aurez une idée concrète de la pédagogie que les éducateurs adoptent, ainsi qu'une vision globale du matériel que les enfants ont à disposition. »
Nous remercions Madame Élodie B. pour ce témoignage.
Ce que ce témoignage montre, et ce qu'il ne montre pas
Il faut le dire clairement, parce que les sites qui publient des témoignages le disent rarement : un récit comme celui-ci ne démontre rien sur l'efficacité de la pédagogie Montessori. Une famille qui lit un livre de Maria Montessori, visite deux écoles, participe à des matinées d'observation et accepte un coût de scolarité élevé n'est pas une famille comme les autres. Elle est extrêmement impliquée, et cette implication produit à elle seule une partie des effets observés.
Ce que le témoignage montre en revanche, et c'est loin d'être négligeable, ce sont des faits vérifiables sur ce qu'est le quotidien : l'absence d'affichage aux murs, le silence relatif d'une classe en travail, la possibilité d'observer une matinée, le nombre de places très limité, les pleurs de la rentrée qui existent aussi ici, le coût, et le réaménagement de la maison qui suit presque toujours. Ce sont exactement les informations qu'on ne trouve pas dans une plaquette.
Sur ce que la recherche établit réellement, avec ses limites, notre page sur les avantages de la méthode fait le point.
Trois points du récit qui méritent une précision
L'absence de récréation au milieu de la matinée. L'explication donnée par la directrice est fidèle à la méthode. La matinée Montessori est organisée en un cycle de travail continu d'environ trois heures, sans interruption programmée, précisément parce que la concentration profonde met du temps à s'installer et qu'une sonnerie la détruit chaque jour au même moment. Cela ne veut pas dire que les enfants ne sortent pas ni ne bougent : ils se déplacent librement en permanence, et le passage à l'extérieur existe, il n'est simplement pas imposé à tous au même instant. Le détail de ce déroulé figure dans une journée type à l'école Montessori.
« Les écoles Montessori se doivent de respecter le programme de l'Éducation nationale ». C'est l'idée reçue la plus répandue, et elle est inexacte. Une école Montessori est en France un établissement privé hors contrat, et les directeurs de ces établissements sont libres du choix de leurs méthodes, de leurs programmes et de leurs manuels. Ce qui s'impose à eux est différent et plus exigeant à un autre égard : ils doivent respecter la finalité de l'instruction obligatoire et permettre à chaque élève l'acquisition progressive du socle commun de connaissances, de compétences et de culture. Autrement dit, la liberté porte sur le chemin, pas sur la destination, et c'est sur ce point que porte le contrôle de l'académie, obligatoire dès la première année de fonctionnement de l'établissement. Le cadre complet est détaillé dans notre page sur Montessori, business et marketing.
Le coût, et l'aînée laissée en classique. C'est le point que ce témoignage traite avec le plus de franchise, et il mérite d'être souligné. Beaucoup de familles se retrouvent à choisir pour un enfant et pas pour l'autre, avec la culpabilité qui va avec. Il n'existe pas de bonne réponse à cette situation. Ce que dit Élodie sur Justine, bonne élève, bien intégrée et pour qui le système classique fonctionne, est d'ailleurs l'argument le plus solide : Montessori n'est pas une amélioration universelle, c'est un environnement qui convient très bien à certains enfants et qui n'apporte pas grand-chose à ceux qui vont déjà bien là où ils sont. Sur l'ordre de grandeur des frais, voir les tarifs d'une école Montessori.
Et après, le retour vers une école classique ?
C'est l'inquiétude que le témoignage laisse ouverte, et la question la plus posée par les parents. Le récit se termine sur un déménagement et une incertitude, ce qui est plus honnête que la plupart des conclusions rassurantes.
Quelques éléments concrets, indépendamment de la pédagogie. Un enfant sortant d'une Maison des enfants arrive en CP avec de solides acquis en écriture, en manipulation du nombre et en autonomie de travail, et découvre en revanche deux choses nouvelles : rester assis à une place assignée, et être évalué par une note. Ces deux apprentissages prennent quelques semaines et se passent en général sans drame, à condition que les adultes ne les présentent pas comme une régression. La comparaison poste par poste des deux environnements est faite dans Montessori ou école publique.
Le point réellement sensible n'est pas la sortie après la maternelle, c'est la sortie en cours de cycle élémentaire, quand un enfant habitué à choisir son travail et à ne pas être noté bascule au milieu d'une classe de CE2 organisée autrement. Là, il vaut mieux préparer l'enfant explicitement, et prévenir l'enseignant qui le recevra.
Recueillir soi-même des témoignages qui valent quelque chose
Les témoignages publiés, y compris celui-ci, sont par nature ceux de familles satisfaites : les autres écrivent rarement. Pour équilibrer, il faut aller chercher soi-même, et quelques questions valent mieux qu'une heure de discussion générale.
- Aux parents à la sortie de l'école, et pas ceux que la direction vous présente : combien d'enfants ont quitté l'école en cours d'année, et pourquoi ?
- Sur la stabilité de l'équipe : combien d'éducateurs ont changé ces trois dernières années ? Une rotation forte est le signal le plus fiable d'un problème interne.
- Sur les enfants en difficulté : que se passe-t-il ici quand un enfant ne va pas bien ou n'entre pas dans les apprentissages ? La réponse distingue immédiatement une école qui accompagne d'une école qui sélectionne.
- Sur le devenir : où sont allés les enfants sortis l'an dernier, et comment cela s'est-il passé ? Une école qui suit ses anciens élèves le sait.
- Sur le coût réel : au-delà des frais de scolarité, que payez-vous en plus dans l'année ?
Le seul conseil de ce témoignage qui vaut pour tout le monde
Aller observer. Élodie et son mari ont chacun passé une matinée entière au fond d'une classe avant de décider, et c'est ce qui a emporté leur choix. Ce n'est pas une formalité : c'est la seule façon de vérifier qu'une école fait ce qu'elle annonce, et une école qui refuse toute observation en temps scolaire vous a déjà renseigné. Ce qu'il faut regarder pendant cette matinée, plutôt que ce qu'on vous montrera, est détaillé dans notre page sur l'amateurisme de certaines écoles Montessori.