Maria Montessori, vers 1913. Bain News Service, Library of Congress, domaine public.
Maria Montessori a laissé une méthode qui porte son nom dans des dizaines de pays, et une biographie encombrée de légendes. Cette page s'appuie autant que possible sur ce qu'elle raconte elle-même dans ses écrits, dont plusieurs sont dans le domaine public et vérifiables ligne à ligne.
Les repères, en une page
| Date | Événement |
|---|---|
| 31 août 1870 | Naissance à Chiaravalle, près d'Ancône, quelques semaines avant la prise de Rome et l'achèvement de l'unité italienne |
| 1890-1896 | Études de médecine à l'université de Rome, contre l'avis de son père |
| 1896 | Diplôme de médecine, à 26 ans. Elle représente l'Italie au congrès international des femmes à Berlin la même année |
| 1897-1898 | Assistante à la clinique psychiatrique de l'université de Rome. Elle y découvre les enfants « déficients » et les travaux d'Itard et de Séguin |
| 1898 | Naissance de son fils Mario, élevé loin d'elle pendant des années |
| 1900-1901 | Codirige l'école orthophrénique de Rome, où elle applique les méthodes d'Itard et de Séguin |
| 1904-1908 | Enseigne l'anthropologie à l'université de Rome |
| 6 janvier 1907 | Inauguration de la première Maison des enfants, quartier de San Lorenzo à Rome. Une seconde ouvre le 7 mars suivant |
| Novembre 1907 | Premiers essais d'écriture avec des enfants sans déficience, qu'elle date de la première quinzaine du mois |
| 1909 | Publication de Il Metodo della Pedagogia Scientifica, traduit en anglais dès 1912 |
| 1929 | Fondation de l'Association Montessori Internationale avec son fils Mario |
| 1934 | Fermeture des écoles Montessori italiennes par le régime fasciste. Elle quitte l'Italie |
| 1939-1946 | Séjour en Inde, prolongé par la guerre. C'est là que naît l'éducation cosmique |
| 1949, 1950, 1951 | Nominée trois années de suite au prix Nobel de la paix, avec six nominations au total. Elle ne l'obtiendra pas |
| 6 mai 1952 | Mort à Noordwijk aan Zee, aux Pays-Bas, à 81 ans |
La médecine, première bataille
Rien ne destinait une jeune fille de la petite bourgeoisie italienne des années 1880 à la faculté de médecine. Elle vise d'abord l'ingénierie, s'inscrit dans une école technique, puis bifurque vers la biologie et la médecine, contre l'avis de son père et malgré un accueil hostile.
Les obstacles étaient concrets plus que symboliques : elle dut obtenir une autorisation pour suivre certains cours, et travailler seule sur les cadavres, la dissection en présence d'hommes lui étant refusée. Elle obtient son diplôme en 1896.
La même année, elle représente l'Italie au congrès international des femmes de Berlin, où elle plaide pour l'égalité salariale. Ce versant féministe de son parcours précède l'œuvre pédagogique et l'explique en partie : ce qu'elle défendra ensuite pour l'enfant, elle le défend d'abord pour les femmes.
Les 600 pages recopiées à la main
C'est l'épisode le plus révélateur de sa méthode de travail, et elle le raconte elle-même dans La Méthode Montessori. Après avoir vérifié par l'expérience la valeur des méthodes d'Édouard Séguin auprès d'enfants en situation de handicap intellectuel, elle se retire du travail actif pour étudier à fond les écrits de Séguin et de son maître Jean Itard.
Dans ses propres mots
« J'ai fait une chose que je n'avais jamais faite, et que peu d'étudiants ont sans doute été disposés à faire : j'ai traduit en italien et recopié de ma propre main les écrits de ces hommes, du début à la fin, me fabriquant des livres comme faisaient les anciens bénédictins avant la diffusion de l'imprimerie. J'ai choisi de le faire à la main afin d'avoir le temps de peser le sens de chaque mot, et de lire, en vérité, l'esprit de l'auteur. »
Elle précise le volume : elle venait de terminer la copie des 600 pages du volume français de Séguin lorsqu'elle reçut de New York un exemplaire de son ouvrage anglais de 1866, retrouvé parmi les livres mis au rebut de la bibliothèque privée d'un médecin new-yorkais. Elle le traduisit avec l'aide d'une amie anglaise.
Ce détail éclaire deux choses. D'abord, la filiation : la leçon en trois temps, encore utilisée aujourd'hui dans toutes les classes Montessori, est d'Édouard Séguin, et elle le dit explicitement. Ensuite, sa méthode intellectuelle : elle note ailleurs que la méthode de Séguin était souvent abandonnée parce qu'elle était fastidieuse et que la difficulté des moyens ne semblait pas justifier la fin. Elle a fait exactement l'inverse.
San Lorenzo, 1907
Le quartier de San Lorenzo, à Rome, est alors un quartier ouvrier misérable, marqué par la sous-location, qu'elle décrit comme la forme la plus cruelle d'usure. L'Association romaine des bonnes constructions y réhabilite des immeubles et cherche une solution pour les enfants de trois à six ans, trop jeunes pour l'école et laissés seuls dans les escaliers pendant que les parents travaillent.
La première Maison des enfants ouvre le 6 janvier 1907, une seconde le 7 mars. Le dispositif n'est pas pédagogique à l'origine : il s'agit d'empêcher les enfants de dégrader les immeubles rénovés. Montessori y voit un terrain d'expérimentation.
Elle décrit des classes de cinquante à soixante enfants de deux ans et demi à six ans, ce qui rend d'autant plus remarquable ce qu'elle y observe. Pendant la première année, elle n'utilise que les exercices de vie pratique et l'éducation des sens. Ce n'est qu'en novembre 1907 qu'elle tente l'écriture, à la demande des enfants eux-mêmes, contre le préjugé qu'elle partageait alors et qu'elle rapporte honnêtement : il fallait commencer la lecture et l'écriture le plus tard possible, et certainement pas avant six ans.
Le résultat, l'apparition spontanée de l'écriture chez des enfants de quatre et cinq ans, est ce qui rendra la méthode célèbre en quelques années. Le détail de cette progression figure dans l'apprentissage de la lecture.
L'anthropologue qu'on oublie
Un pan entier de son travail a disparu de la mémoire commune : elle a enseigné l'anthropologie à l'université de Rome et publié une Anthropologie pédagogique. Dans La Méthode Montessori, elle demande qu'un médecin prenne pour chaque enfant, chaque année, la circonférence du crâne, ses deux plus grands diamètres, la circonférence du thorax et les indices céphalique, pondéral et statural.
Le détail qui suit est caractéristique de sa manière : elle propose que ces mesures soient prises le jour de l'anniversaire de l'enfant. Raison pratique, les cinquante anniversaires se répartissent sur l'année et allègent la tâche du médecin. Raison éducative, l'enfant qui quitte la Maison des enfants sait répondre avec certitude à trois questions : quel jour de la semaine es-tu né, quel jour du mois, et quand tombe ton anniversaire.
Cette anthropométrie scolaire appartient à son époque et n'a pas survécu. Elle rappelle en revanche que sa démarche se voulait scientifique au sens des sciences naturelles de 1900 : mesurer, consigner, comparer.
Une méthode qui part très vite
Il Metodo della Pedagogia Scientifica paraît en 1909 et est traduit en anglais dès 1912, où il devient un succès de librairie aux États-Unis. Les premiers cours internationaux se tiennent à Rome à partir de 1913, attirant des participants du monde entier. Des écoles ouvrent en Europe, aux États-Unis, en Inde.
Elle passe alors le reste de sa vie à former des formateurs, à donner des cours internationaux et à écrire. L'Association Montessori Internationale, fondée en 1929 avec son fils Mario, est créée précisément pour tenir la cohérence de ce qui se diffuse sous son nom, préoccupation qui n'a rien perdu de son actualité.
Le rapport avec Mussolini, et la rupture
C'est la partie de sa biographie que les présentations élogieuses passent le plus souvent sous silence, et elle mérite d'être dite sans détour.
Au milieu des années 1920, le régime fasciste italien soutient le développement des écoles Montessori, y voyant un moyen de réduire l'analphabétisme et de valoriser une réussite italienne à l'étranger. Montessori accepte ce soutien, et une collaboration s'installe pendant plusieurs années.
La rupture vient de l'incompatibilité de fond. Le régime veut des écoles alignées, des enfants en uniforme et des serments de fidélité ; une pédagogie fondée sur le choix individuel et la formation d'un jugement propre ne peut pas y servir. En 1934, les écoles Montessori italiennes sont fermées et elle quitte l'Italie. Elle ne rentrera qu'après la guerre.
Les années indiennes
Invitée par la Société théosophique, elle arrive en Inde en 1939 avec Mario pour un cycle de formation. L'entrée en guerre de l'Italie contre le Royaume-Uni fait d'eux des ressortissants d'un pays ennemi : Mario est interné, elle est assignée à résidence. Ils resteront jusqu'en 1946.
Ces sept années, subies, sont paradoxalement les plus fécondes de sa fin de parcours. C'est en Inde qu'elle forme des milliers d'éducateurs, qu'elle développe le travail sur les 6-12 ans et qu'elle élabore avec Mario l'éducation cosmique, cette approche qui part de grands récits sur l'univers, la vie et l'humanité. Tout ce que les écoles élémentaires Montessori pratiquent aujourd'hui sous ce nom vient de cette période, et non de ses écrits italiens.
Maria Montessori à Amsterdam, le 1er mars 1950, deux ans avant sa mort. Photo Jack de Nijs, Anefo, Nationaal Archief (CC0).
La paix comme dernier chantier
Après deux guerres mondiales, elle lie explicitement éducation et paix : pour elle, prévenir la guerre relève de l'éducation, tandis que la politique ne peut qu'en éviter les déclenchements. Cette conviction lui vaut six nominations au prix Nobel de la paix, réparties sur les années 1949, 1950 et 1951, portées notamment par des universitaires néerlandais, un parlementaire britannique et une parlementaire italienne. Elle ne l'obtiendra jamais.
Elle meurt le 6 mai 1952 à Noordwijk aan Zee, aux Pays-Bas, où elle est enterrée. Son épitaphe, en italien, demande aux enfants de la rejoindre pour construire la paix parmi les hommes et dans le monde.
Ce qu'il en reste
Quatre éléments de son travail ont largement débordé le cadre des écoles qui portent son nom.
- Le mobilier à la taille de l'enfant. Aucune école maternelle européenne n'utilise plus de bancs fixes. C'est acquis au point qu'on a oublié que quelqu'un avait dû le réclamer.
- L'entrée dans l'écrit par le son. Ce qu'elle pratiquait avec les lettres rugueuses est aujourd'hui la démarche prescrite dans les programmes français de maternelle et de cycle 2.
- La manipulation avant l'abstraction en mathématiques. Devenue un lieu commun de la didactique.
- Le matériel autocorrectif. Repris bien au-delà de son mouvement, jusque dans les fichiers autocorrectifs de la pédagogie Freinet.
Ce qui reste contesté, en revanche : le refus des récompenses, discuté mais largement corroboré par la recherche ; la place réduite du jeu symbolique dans les ambiances ; et la protection du nom, qu'elle n'a jamais réussi à obtenir et dont l'absence explique une bonne partie des dérives actuelles. Ce que la recherche établit aujourd'hui figure dans les avantages de la méthode.
Questions fréquentes sur Maria Montessori
A-t-elle été la première femme médecin d'Italie ?
Non, et cette légende circule beaucoup, y compris dans des ouvrages sérieux. Ernestina Paper avait obtenu son diplôme de médecine à Florence dès 1877, soit près de vingt ans avant elle, et Maria Velleda Farnè, deuxième du royaume d'Italie, le sien à Turin le 18 juillet 1878. Maria Montessori, diplômée en 1896, fait partie des premières femmes médecins d'Italie, ce qui est déjà remarquable, mais elle n'est pas la première.
Avait-elle des enfants ?
Un fils, Mario, né en 1898 de sa relation avec Giuseppe Montesano, un collègue médecin. Le mariage était impossible sans mettre fin à sa carrière, et l'enfant fut confié à une nourrice puis élevé loin d'elle. Ils se rapprochèrent à son adolescence, et Mario devint son plus proche collaborateur, cofondateur de l'Association Montessori Internationale et coauteur de l'éducation cosmique. Cette part de sa vie, longtemps tue, est aujourd'hui documentée.
A-t-elle reçu le prix Nobel ?
Non. Elle a été nominée pour le prix Nobel de la paix en 1949, 1950 et 1951, avec six nominations au total, sans jamais l'obtenir.
Ses livres sont-ils accessibles ?
Quatre de ses ouvrages sont dans le domaine public et se lisent gratuitement en texte intégral : La Méthode Montessori, le Manuel, L'Autoéducation dans les écoles élémentaires et Le Matériel élémentaire. Ses textes plus tardifs, dont L'Enfant et L'Esprit absorbant, restent sous droits. Une sélection commentée figure dans les livres pour comprendre Montessori.
Pourquoi tant de citations lui sont-elles attribuées à tort ?
Parce que son nom donne du poids à une formule et que personne ne vérifie. Le corpus disponible permet pourtant de trancher en quelques minutes : « n'aidez jamais un enfant à une tâche qu'il pense pouvoir réussir » et « aide-moi à faire seul » y sont absents, tandis que « une aide inutile est un obstacle réel au développement des forces naturelles » y figure mot pour mot. Le tri complet est fait dans les citations de Maria Montessori.