Portrait de Maria Montessori

Le sujet est traité en général de deux façons, toutes deux fausses. Soit on gomme complètement la dimension religieuse, ce qui rend incompréhensible une partie de son œuvre. Soit on fait d'elle une pédagogue catholique, ce qui n'explique ni son séjour à Adyar ni l'éducation cosmique. Cette page s'en tient à ce qui est établi, et signale ce qui lui est attribué à tort.

Sa foi, et le contexte

Maria Montessori est née en 1870 dans une Italie catholique, dans une famille catholique, et elle est restée croyante toute sa vie. Sa foi n'était pas un compartiment séparé de son travail : elle voyait dans les capacités de construction de l'enfant, dans ce qu'elle appellera plus tard l'esprit absorbant, une œuvre qui dépassait l'adulte et qu'il fallait respecter plutôt que diriger.

Cette conviction a une conséquence pédagogique directe et souvent mal comprise. Si l'enfant porte en lui un programme de développement qui lui est propre, alors l'adulte n'est pas celui qui construit : il est celui qui aménage et qui n'entrave pas. Toute la méthode découle de là, et cette prémisse est aussi défendable dans un cadre entièrement laïque, où l'on parlera de maturation biologique plutôt que de don.

Sa position : la religion ne s'enseigne pas

Ce qui est le plus caractéristique chez elle n'est pas sa foi, c'est sa méfiance envers l'enseignement verbal du religieux aux jeunes enfants. Faire réciter des formules, des prières ou des versets à un enfant de quatre ans revient selon elle à ranger la religion dans la même case que les exercices scolaires imposés, c'est-à-dire à la vider de ce qui en fait l'expérience.

Sa position est parfaitement cohérente avec le reste de sa pédagogie. On ne remplit pas l'enfant de contenus, on prépare un environnement dans lequel ce qui est en lui peut se développer. Pour la vie religieuse comme pour les mathématiques, l'adulte agit sur les conditions et pas sur le contenu. La conséquence pratique, dans son travail, a été de créer un espace et des gestes plutôt qu'un cours.

Le sens moral, plan de développement par plan de développement

Montessori distingue nettement ce qui est possible avant et après six ou sept ans, et c'est l'un des points les plus utiles de sa réflexion pour des parents, croyants ou non.

Avant six ans, l'enfant n'est pas en état de raisonner sur le bien et le mal de façon abstraite. Lui faire un exposé moral ne produit rien d'autre qu'une leçon récitée. Ce dont il a besoin est d'un environnement stable, cohérent et protecteur, et de l'exemple des adultes autour de lui. Les valeurs passent par ce qui est vécu, pas par ce qui est expliqué.

À partir de six ou sept ans, tout change. Le sens moral devient actif, souvent avec une intensité qui surprend les parents : « ce n'est pas juste » devient une phrase quotidienne, l'enfant s'intéresse aux règles, aux exceptions, à l'équité de traitement entre frères et sœurs. C'est le moment où une réflexion morale est possible, et elle passe par la vie sociale réelle, les responsabilités confiées et les conflits à résoudre, pas par les sermons. Ce basculement est aussi ce qui rend la formulation des règles négociable à cet âge, comme le détaille notre page sur les limites à la maison.

Photographie ancienne de Maria Montessori entourée d'enfants

Barcelone : la chapelle des enfants

C'est le travail concret de Montessori sur la religion, et il est mal connu. Installée à Barcelone à partir des années 1910 avec le soutien des autorités catalanes, elle y ouvre une école modèle, un institut de formation, et une chapelle des enfants : une église adaptée à leur taille, où le mobilier, les objets et les gestes de la liturgie sont à leur portée.

L'objectif est le même que dans une Maison des enfants : rendre l'environnement accessible pour que l'enfant puisse y agir. Les enfants y entretiennent l'espace, changent les fleurs au fil de l'année liturgique, préparent, rangent, participent. Elle y voyait le prolongement naturel des activités de vie pratique, avec une dimension de sens et de beauté en plus.

Cette expérience a donné lieu à un livre, The Child in the Church, publié en 1929 dans une version préparée par E. M. Standing. C'est son premier ouvrage abordant la liturgie du point de vue de l'enfant.

Une confusion très répandue : l'atrium n'est pas de Montessori

De nombreuses ressources attribuent à Maria Montessori la création de l'« atrium », l'espace de catéchèse à hauteur d'enfant. C'est inexact. L'atrium appartient à la Catéchèse du Bon Pasteur, développée à Rome à partir de 1954 par Sofia Cavalletti, bibliste et hébraïsante, et Gianna Gobbi, éducatrice formée à la méthode Montessori. Soit deux ans après la mort de Maria Montessori, survenue en 1952. La Catéchèse du Bon Pasteur s'appuie sur les principes montessoriens et sur le précédent de Barcelone, mais elle est l'œuvre de Cavalletti et Gobbi, et il faut le dire pour ne pas prêter à Montessori des choix qui ne sont pas les siens.

L'Inde, la Société théosophique et l'éducation cosmique

Le fait est vérifiable et il complique utilement le portrait. Le 4 novembre 1939, Maria Montessori et son fils Mario arrivent à Adyar, près de Madras, au siège mondial de la Société théosophique. Ils y ont été invités par son président, George Arundale, et par son épouse Rukmini Devi, pour donner le premier cours Montessori indien. Trois cents enseignants et futurs enseignants viennent y suivre la formation.

La guerre les y retient. Ils restent en Inde jusqu'en 1946, puis y retournent de 1947 à 1949. Ce séjour de plusieurs années dans un milieu qui n'est pas catholique, et où sa dimension mystique était comprise et partagée, coïncide avec le développement de sa pensée la plus tardive.

C'est de cette période que datent Education for a New World (1946) et To Educate the Human Potential (1948), publiés en Inde, où se formule ce qu'on appelle l'éducation cosmique : donner à l'enfant de six à douze ans le sentiment d'appartenir à un ensemble immense, l'histoire de la Terre, l'apparition de la vie, les besoins fondamentaux communs à toutes les sociétés humaines. Cette dimension-là n'est confessionnelle en rien, et c'est celle que la plupart des écoles Montessori du monde ont retenue.

Ce que ça change pour une famille non croyante

Rien, dans les faits, et c'est la réponse honnête. La quasi-totalité des ambiances Montessori en France sont laïques, et l'ensemble de l'appareil pédagogique, périodes sensibles, environnement préparé, matériel auto-correctif, cycle de travail, classes multi-âges, fonctionne à l'identique sans aucune référence religieuse.

Deux points méritent tout de même votre attention si vous scolarisez votre enfant.

Reste que sa position sur la transmission des valeurs est utilisable telle quelle, quelle que soit votre conviction : ce qui se transmet à un jeune enfant, ce n'est pas ce qu'on lui dit, c'est ce qu'il voit faire autour de lui. Pour approfondir le contexte de sa vie, voir sa biographie ; pour lire sa parole directement, les citations de Maria Montessori.

Se méfier des citations qui circulent

C'est particulièrement vrai sur ce sujet. Beaucoup de phrases attribuées à Maria Montessori sur la religion, la spiritualité ou l'âme de l'enfant circulent sans référence d'ouvrage ni de page, parfois retraduites plusieurs fois depuis l'italien via l'anglais, au point d'en devenir méconnaissables. Avant de reprendre une citation, cherchez le titre de l'ouvrage et l'année : si la source n'est jamais précisée nulle part, il y a de bonnes chances qu'elle n'existe pas. Cette page s'en tient volontairement à la description de positions attestées plutôt qu'à des citations invérifiables.

FR

Fanny Renna

Diplômée AMI, Drôme & Vaucluse

Elle a travaillé en école Montessori dans la Drôme et le Vaucluse. Les contenus de ce site sont fondés sur sa formation AMI et son expérience de terrain.

En savoir plus sur Fanny →