Une mère assise sur le canapé tient les mains de sa fille et l'écoute calmement

Punir est le réflexe le plus naturel qui soit. On fait ressentir quelque chose de désagréable à l'enfant pour qu'il ne recommence pas. Le problème n'est pas d'abord moral, il est pratique. La punition transmet mal ce que vous voulez transmettre, et elle produit des effets que vous ne cherchiez pas. Je commence par la loi de 2019, souvent mal citée, puis je vous explique ce que dit la recherche et ce que vous pouvez faire à la place.

La loi française de 2019

La loi n° 2019-721 du 10 juillet 2019 relative à l'interdiction des violences éducatives ordinaires est très courte. Elle compte trois articles.

Avec ce texte, la France est devenue le 56e État au monde à interdire les châtiments corporels sur les enfants.

Une loi sans sanction pénale

On lit souvent qu'une fessée serait « punie par la loi de 2019 ». C'est inexact. Le texte ne prévoit ni amende, ni peine, ni infraction nouvelle. Les violences sur un enfant de moins de quinze ans étaient déjà punies par le code pénal avant 2019, et elles le restent. Ce que fait la loi, c'est inscrire une règle dans le code civil, celui qui définit l'autorité parentale, et retirer aux parents ce que les juges appelaient un droit de correction.

Elle place aussi cette phrase à un endroit particulier. L'article 75 du code civil oblige l'officier d'état civil à lire aux futurs époux plusieurs articles le jour de leur mariage, dont l'article 371-1. Depuis juillet 2019, chaque mariage civil en France comporte donc, lue à voix haute, la phrase sur l'autorité parentale sans violence.

Cette règle vaut pour toute personne qui s'occupe de votre enfant, chez l'assistante maternelle, à la crèche ou à l'école. Elle vous donne un appui légitime pour poser une question à un professionnel, et l'article 2 montre que le législateur y a pensé.

La fessée dans la recherche

La synthèse de référence est celle d'Elizabeth Gershoff et Andrew Grogan-Kaylor, publiée en 2016 dans le Journal of Family Psychology. Elle réunit 75 études, soit 111 mesures portant sur 160 927 enfants. Les auteurs se sont limités volontairement à la fessée au sens strict, une tape main ouverte sur les fesses ou les membres, en écartant les violences plus graves. Ils répondaient ainsi à ceux qui reprochaient aux synthèses précédentes de mélanger fessée et maltraitance.

Sur les 17 effets étudiés, 13 sont statistiquement significatifs, et tous vont dans le même sens. Les enfants qui reçoivent des fessées sont plus agressifs, ont plus de comportements antisociaux, gèrent moins bien leurs émotions, ont une santé mentale plus fragile et une relation plus difficile avec leurs parents. Aucun des 17 effets n'est favorable.

Une limite doit être dite. Ces études observent des familles, on ne peut évidemment pas tirer au sort des enfants pour en frapper la moitié. La cause n'est donc pas démontrée au sens strict, et l'on peut objecter que les enfants les plus difficiles reçoivent plus de fessées. Mais aucune de ces études ne trouve le moindre bénéfice. Une pratique sans bénéfice mesuré et avec des risques mesurés ne demande pas vraiment d'arbitrage.

Pourquoi la punition transmet mal

Ce qu'elle apprend vraiment

Une punition apprend surtout à ne pas se faire prendre. Elle ne dit pas quoi faire à la place, elle n'explique pas le problème, et elle tourne l'attention de l'enfant vers l'adulte qui punit et vers l'injustice qu'il ressent, plutôt que vers ce qu'il a fait.

Les travaux de Diana Baumrind sur les styles parentaux, commencés à Berkeley dans les années 1960 et confirmés depuis, donnent un résultat stable. Les enfants s'en sortent le mieux avec des parents à la fois chaleureux et clairs sur les limites. Les parents froids et punitifs, comme les parents qui ne posent pas de limites, obtiennent de moins bons résultats. La fermeté n'est donc pas en cause, et la punition n'est qu'une façon parmi d'autres d'être ferme, et pas la meilleure.

Le pire moment pour apprendre

Un enfant puni a peur, honte ou est en colère. Dans cet état, il réfléchit moins bien, retient moins bien et se calme moins bien. La punition le place donc dans l'état le moins propice à retenir la leçon qu'elle veut lui donner. Les explications par l'amygdale et le cortex préfrontal que l'on lit partout sont des schémas simplifiés, pas des mesures faites sur des enfants punis. Le constat pratique n'a pas besoin d'eux.

Les punitions douces

Le coin, le dessert supprimé ou la télévision interdite passent pour des solutions raisonnables. Elles ont pourtant le même défaut. Le dessert n'a aucun rapport avec ce que l'enfant a fait, et le coin le laisse seul au moment précis où il ne sait pas se calmer tout seul. Ce que l'enfant retient, c'est un rapport de force plutôt qu'une règle. Ma page sur les solutions pour remplacer la punition détaille chaque outil.

Les alternatives une par une

Les conséquences naturelles

Une conséquence naturelle arrive sans que vous interveniez. L'enfant qui refuse son manteau a froid. Celui qui oublie ses affaires de sport ne fait pas de sport. Celui qui ne mange pas a faim avant le goûter. Leur force tient à leur neutralité. Elles sont logiques, proportionnées, et personne ne les a voulues. Votre enfant relie son geste à ce qui s'est passé, sans avoir à gérer en plus votre déception.

Elles ne conviennent pas dans trois cas, quand la conséquence est dangereuse, quand elle arrive trop tard pour que l'enfant fasse le lien, et quand elle toucherait quelqu'un d'autre que lui.

Les conséquences logiques

Quand la conséquence naturelle ne convient pas, vous en choisissez une qui a un rapport direct avec la situation. Le jouet abîmé exprès est rangé pour un temps. L'enfant qui s'est battu reste près de vous le temps de retrouver son calme. Celui qui a fait des dégâts aide à nettoyer.

Jane Nelsen, qui a formalisé la discipline positive, propose de vérifier trois choses. La conséquence doit être reliée au comportement, respectueuse de l'enfant et raisonnable dans sa mesure. Si l'une des trois manque, c'est une punition déguisée, et votre enfant s'en rendra compte avant vous.

La réparation

La réparation est plus forte que la punition parce que l'enfant agit. Celui qui a fait mal va chercher la poche de glace. Celui qui a dit quelque chose de blessant cherche les mots pour le reconnaître. Il ne s'agit pas de faire pénitence mais de faire quelque chose. Et ce qu'il apprend dépasse de loin l'incident. Une erreur peut se réparer, et c'est une leçon qui lui servira toute sa vie.

Poser une limite sans punir

Éduquer sans punir ne veut pas dire éduquer sans limites, et cette confusion explique beaucoup de malentendus. Une limite tient quand elle est claire, qu'elle dit ce qu'on attend plutôt que ce qu'on interdit, qu'elle est ferme sur le fond et calme dans le ton, expliquée en une phrase plutôt qu'en un discours, et maintenue quand l'enfant proteste. Une limite qui cède sous la pression n'en était pas une.

Assise sur un banc, une mère serre contre elle sa fille encore triste

Rester avec lui

Quand un enfant déborde, l'envoyer dans sa chambre le laisse seul au moment où il est le moins capable de se calmer. Vous pouvez au contraire rester avec lui. « Je vois que tu es très en colère. Viens, on va dans un endroit calme. » Restez à côté, sans expliquer ni chercher de solution tant que l'orage dure. La conversation viendra après, et elle sera courte. Un enfant apprend d'abord à se calmer avec un adulte, avant de savoir le faire seul.

Maria Montessori et la discipline

Dans La Méthode Montessori, publiée en 1912, Maria Montessori raconte qu'elle a supprimé les récompenses et les « formes extérieures de punition » dans ses Maisons des enfants. Elle raconte qu'un jour, un enfant récompensé par une croix d'argent l'a laissée tomber sans s'en soucier, tant il était absorbé par son travail, et que c'est l'enfant puni, assis dans un fauteuil au milieu de la salle, qui l'a ramassée pour la porter. Pour l'enfant content de son travail, la récompense ne comptait plus.

Elle décrit aussi ce qu'elle faisait d'un enfant qui dérangeait sans cesse les autres. Elle l'installait à une petite table dans un coin de la classe, dans un fauteuil confortable, avec les jeux qu'il préférait et la vue sur les autres au travail. En entrant, elle allait le voir en premier et le cajolait comme un tout-petit. Peu à peu, l'enfant voyait ce que les autres vivaient et souhaitait les rejoindre. C'était donc une mise à l'écart, mais à l'opposé du coin punitif, faite avec douceur et sans que l'enfant perde sa place dans le groupe.

Dans une classe Montessori aujourd'hui, un comportement difficile se lit d'abord comme un signal, un besoin de lien, une activité mal ajustée, de l'ennui ou de la fatigue. L'éducatrice observe, puis modifie l'environnement ou les présentations avant de s'adresser à l'enfant. La plupart des comportements difficiles sont des réponses à une situation plutôt que des traits de caractère.

Ferme et bienveillant à la fois

Vous pouvez dire non fermement sans punir, retirer un objet dangereux sans en faire une scène, tenir une limite face aux pleurs sans céder et sans sanction. Vous renoncez seulement à l'idée qu'il faille faire souffrir votre enfant pour être entendu. Jane Nelsen le résume par une formule, l'enfant a besoin de se sentir relié avant d'être corrigé. Un enfant en confiance accepte une limite. Un enfant méfiant la conteste ou la contourne.

Ce que cela demande à l'adulte

Éduquer sans punir demande plus d'efforts que punir, et il est plus honnête de le dire. Punir est rapide, visible, et soulage tout de suite l'adulte, ce qui explique en grande partie que cela dure. Les alternatives demandent une constance et une maîtrise de soi qui manquent justement dans les moments difficiles.

Visez une direction plutôt que la perfection. Agissez pour apprendre quelque chose à votre enfant plutôt que pour lui faire ressentir quelque chose. Pour aller plus loin, lisez mes pages sur l'éducation positive au quotidien et sur ce que cachent les caprices.

FR

Fanny Renna

Éducatrice Montessori, assistante diplômée AMI

Elle a travaillé plusieurs années dans les écoles Montessori de Roaix et de Montélimar. Les contenus de ce site sont fondés sur ses formations et son expérience de terrain.

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