Un jeune enfant en larmes, en gros plan, en noir et blanc

Le mot « caprice » fait un travail précis, il rend le comportement volontaire, gratuit et un peu retors. À partir de là, la seule réponse possible est de ne pas céder. Or ce mot décrit mal ce qui se passe, et cette page essaie de le remplacer par autre chose que des bons sentiments, des durées mesurées, des fréquences relevées sur des échantillons réels, et des repères pour savoir quand s'inquiéter.

Ce qu'on mesure quand on mesure une colère

Michael Potegal et Richard Davidson ont analysé les récits détaillés de 335 enfants de 18 à 60 mois, publiés en 2003. Leur résultat le plus utile est aussi le plus rassurant.

La durée la plus fréquente d'une crise de colère est de 30 secondes à une minute. Et 75 % des crises durent cinq minutes ou moins. L'épisode interminable est surtout une impression, et ce qui s'étire, c'est le temps vécu par l'adulte.

Une autre étude, menée par Pamela Green, Paul Whitney et Michael Potegal et publiée en 2011 dans la revue Emotion, a enregistré des crises en haute fidélité pour en analyser la structure sonore. Elle défait une idée reçue tenace. On croyait qu'une crise se déroulait en deux temps, d'abord la colère puis la tristesse. En réalité, la tristesse court d'un bout à l'autre, et la colère la traverse par pics.

Michael Potegal en a tiré, dans ses commentaires sur ces travaux, un conseil contre-intuitif. Pendant un pic de colère, le moyen le plus rapide d'en sortir est de ne rien faire, car une question, même bienveillante, même « qu'est-ce qui ne va pas », risque de relancer le pic. Ce qui aide vient après, quand la tristesse reste seule, et c'est à ce moment-là qu'un enfant peut être consolé. Le conseil découle de l'observation des crises, il n'a pas été testé en tant que tel.

Ce qui est normal, et les quatre signaux qui ne le sont pas

L'équipe de Lauren Wakschlag a interrogé les parents de 1 490 enfants d'âge préscolaire sur les comportements du mois écoulé, avec un questionnaire conçu pour distinguer le normal du préoccupant. Au total, 83,7 % des enfants avaient fait des colères, et 8,6 % en faisaient tous les jours.

Autrement dit, faire des colères est la norme. En faire quotidiennement ne l'est pas, puisque cela concerne moins d'un enfant sur dix. Quatre caractéristiques distinguent, dans ce travail, la colère ordinaire de celle qui mérite d'en parler à un professionnel.

  • Elle survient tous les jours.
  • Elle dure plus de cinq minutes, régulièrement.
  • Elle est destructrice, pour les objets ou pour les personnes.
  • L'enfant résiste à toute tentative d'apaisement, même après la retombée.

Une crise imprévisible, sans déclencheur identifiable, entre également dans cette catégorie. À l'inverse, une colère bruyante mais brève, déclenchée par une contrariété repérable et suivie d'un retour au calme, correspond à ce que fait la grande majorité des enfants.

Ce que le mot « caprice » dit de faux

Le mot vient de l'italien capriccio, qui désigne une idée fantasque, sans fondement sérieux. Appliqué à un enfant, il suppose un acte délibéré et gratuit. Deux choses clochent dans cette lecture, et il faut les distinguer, parce qu'on les confond souvent.

Ce qui est vrai. Un jeune enfant cherche bel et bien à obtenir ce qu'il veut, et il apprend vite ce qui fonctionne. C'est normal, c'est même un signe de développement social. Un enfant de 3 ans qui insiste, qui négocie, qui teste, ne fait rien d'anormal. Nier cela ne sert à rien, le parent l'observe tous les jours.

Ce qui est faux. La crise de colère n'est pas ce moyen-là. Une crise n'est pas un outil, c'est une panne. L'enfant qui hurle par terre a perdu le contrôle, et la structure sonore relevée en 2011 le montre bien, puisque la tristesse est présente du début à la fin, y compris quand la colère domine. On ne fabrique pas de la tristesse pour obtenir un paquet de biscuits.

Une précision s'impose sur un argument qu'on lit partout, et que cette page reprenait, « le cortex préfrontal n'est pas fonctionnel avant 6 ans ». C'est inexact. Le cortex préfrontal fonctionne dès les premières années, il mûrit simplement très lentement, jusqu'au début de l'âge adulte. Ce qui manque au jeune enfant n'est pas un organe, c'est l'expérience et l'entraînement du contrôle inhibiteur. La conclusion pratique ne change pas, mais l'argument, lui, doit être juste.

Le corps d'abord

Avant toute interprétation psychologique, trois questions se posent. A-t-il dormi, a-t-il mangé, est-il malade ? Elles expliquent une large part des épisodes, et elles sont les plus rapides à vérifier.

La fatigue

Un enfant fatigué ne dit pas qu'il est fatigué. Il pleure pour rien, refuse ce qu'il accepte d'habitude, s'effondre sur une contrariété minime. La fatigue abaisse le seuil de tolérance à la frustration, chez lui comme chez l'adulte qui le regarde.

Une mère serre contre elle un petit garçon qui pleure, pendant qu'un autre enfant joue à la table

La réponse n'est alors pas éducative mais logistique. On écourte la sortie, on réduit les stimulations, on avance le coucher. « Je vois que tu es très fatigué, on rentre. » Il n'y a pas de leçon à donner à un enfant qui manque de sommeil, et il n'en retiendrait aucune.

La faim

Une crise inexpliquée à 10 heures ou à 16 heures a souvent une cause simple. L'irritabilité liée à la faim est un phénomène documenté chez l'adulte comme chez l'enfant, et elle ne relève d'aucune intention.

La maladie et l'inconfort

Un enfant qui couve quelque chose, qui perce une dent ou qui a une otite non encore diagnostiquée devient nettement plus irritable. Quand des comportements difficiles apparaissent brutalement et sans raison apparente, vérifier l'état de santé passe avant toute hypothèse psychologique. C'est le sens du critère « imprévisible » relevé plus haut.

Les besoins émotionnels

Le besoin de lien

Quand la connexion manque, parce que les parents sont absents, préoccupés, ou parce qu'un cadet mobilise l'attention, l'enfant cherche à la rétablir avec les moyens dont il dispose. Le problème est que le comportement difficile y réussit très bien, puisqu'il obtient de la présence, même négative.

La réponse ne consiste pas à s'endurcir. Elle consiste à donner du lien avant la crise plutôt qu'après, par des moments courts mais entiers, sans écran ni tâche parallèle. Dix minutes vraies valent une heure distraite.

Le besoin de contrôle

Entre 18 mois et 3 ans, l'enfant construit son identité séparée, et il a besoin d'exercer une prise sur son environnement. Quand on fait à sa place, qu'on décide pour lui ou qu'on l'interrompt en pleine activité, la frustration est vive, et elle sort en opposition.

Une réponse cohérente avec l'esprit Montessori tient dans une distinction. On donne à l'enfant le contrôle sur le comment, et l'adulte garde la limite sur le quoi. « Tu veux mettre ton manteau tout seul ou tu veux de l'aide ? » Le manteau sera mis, c'est acquis. Le choix porte sur le reste, et il suffit. C'est l'un des principes centraux de l'éducation positive.

Le besoin de prévisibilité

La période sensible de l'ordre, particulièrement intense entre 1 et 3 ans, correspond à un besoin de monde stable. Un déménagement, une naissance, un changement de mode de garde, parfois un simple changement de trajet, suffisent à déclencher ce qui ressemble à de l'entêtement. C'est une demande de repères, et elle se satisfait par des rituels et des transitions annoncées, pas par des explications.

Ce que chaque âge apporte

Comportements difficiles selon l'âge

8 à 10 mois : angoisse de séparation. L'enfant pleure dès que vous vous éloignez d'un pas. C'est le signe que la permanence de l'objet se met en place, car il sait maintenant que vous existez ailleurs, donc que vous pouvez partir. C'est un progrès, pas un problème.

18 mois à 3 ans : opposition, « non » à tout, crises pour des motifs minuscules. C'est la période où les colères sont les plus fréquentes, et c'est celle que couvrent les mesures citées plus haut.

3 à 5 ans : questions sans fin, pensée magique, récits imaginaires pris pour des mensonges, peurs intenses. L'enfant construit sa théorie du monde, et il la teste à voix haute.

6 à 12 ans : sens de la justice exacerbé, « c'est pas juste » à répétition, chaque règle renégociée. C'est la pensée morale qui se met en place, et la négociation en est l'exercice.

La grille de lecture, quand le comportement revient

Un comportement isolé ne s'analyse pas. Un comportement qui revient, oui, et quatre questions suffisent.

Quand cela arrive-t-il ? Notez l'heure pendant une semaine. En fin de journée, c'est souvent la fatigue, avant les repas la faim, dans certains lieux la surcharge sensorielle, après un changement le besoin de stabilité. Ce relevé, fait honnêtement, résout beaucoup de situations à lui seul.

Depuis quand ? Un comportement apparu brutalement pointe vers un événement, une naissance, une rentrée, une séparation. Un comportement installé de longue date pointe vers un besoin chronique.

Qu'est-ce que l'enfant obtient ? Non pas au sens du calcul, mais au sens du résultat. De l'attention ? Du contrôle ? La fin d'une activité qu'il n'aime pas ? La réponse désigne le besoin, sans rien dire de l'intention.

Et quand tout va bien ? C'est la question qu'on oublie, et souvent la plus instructive. Qu'y a-t-il de différent les jours calmes ? Plus de sommeil, plus de temps avec vous, moins de transitions ? Ces observations valent mieux que n'importe quelle méthode.

Répondre au besoin sans tout autoriser

Comprendre le besoin n'oblige à rien accepter. La règle tient en une phrase, la limite porte sur le comportement, jamais sur l'émotion ni sur le besoin.

« Tu as besoin d'être près de moi, je le vois, on va passer un moment ensemble. Et taper ton frère, non. » Cette formulation valide le besoin, ce qui fait retomber l'intensité, pose la limite là où elle doit être, et ouvre une issue. Elle prend quinze secondes de plus qu'un « arrête ». Elle fonctionne beaucoup plus longtemps.

Et pendant le pic de colère, souvenez-vous que ne rien faire est déjà une action. Rester à proximité, silencieux, disponible. La conversation viendra, et elle sera courte. Pour la co-régulation, voir accompagner les émotions de l'enfant, et pour les crises en public, notre page dédiée.

FR

Fanny Renna

Éducatrice Montessori, assistante diplômée AMI

Elle a travaillé plusieurs années dans les écoles Montessori de Roaix et de Montélimar. Les contenus de ce site sont fondés sur ses formations et son expérience de terrain.

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