Le cadre des 6 C est un moyen mnémotechnique qui circule dans les ressources francophones de parentalité positive. Ce n'est pas un concept issu de l'œuvre de Maria Montessori, et il n'est pas non plus la formulation d'un auteur en particulier. Sa valeur est purement pratique : il donne une liste de vérification en six points, applicable en dix secondes à n'importe quelle règle de la maison, et compatible avec la logique Montessori d'un cadre clair dans lequel l'enfant est libre.
Le plancher : ce que la loi fixe depuis 2019
Avant de discuter des règles que vous posez, il faut rappeler celles qui s'imposent à vous. La loi du 10 juillet 2019 a inséré dans l'article 371-1 du code civil une phrase courte et sans ambiguïté : l'autorité parentale s'exerce sans violences physiques ou psychologiques. La France est devenue à cette occasion le 56e pays à interdire les châtiments corporels sur les enfants.
Le texte ne vise pas que la fessée. Sont concernées les humiliations, les menaces, le chantage affectif, les cris répétés et les punitions humiliantes, à la maison comme chez l'assistante maternelle, en crèche ou à l'école. La loi n'a pas assorti l'interdiction d'une sanction pénale nouvelle : sa portée est d'abord normative et éducative, elle fixe une référence commune. Les formes les plus banalisées de ces atteintes sont détaillées dans notre page sur les douces violences.
Cette base change la question. Il ne s'agit plus de choisir entre fermeté et bienveillance, mais de savoir comment obtenir qu'une règle soit tenue avec les seuls outils qui restent autorisés. C'est exactement ce à quoi servent les six critères qui suivent.
Les six critères d'une règle qui tient
Claire
« Sois sage » ne veut rien dire pour un enfant de quatre ans. Une règle claire nomme le comportement attendu, dans une situation identifiable, et donne sa raison. « Dans le train, on parle doucement pour ne pas déranger les autres voyageurs » est utilisable ; « comporte-toi bien » ne l'est pas.
Expliquer le pourquoi n'est pas une faiblesse. « On ne frappe pas parce que ça fait mal et que personne ici n'a le droit de faire mal à quelqu'un » donne à l'enfant un principe qu'il pourra appliquer à des situations que vous n'aviez pas prévues. « On ne frappe pas, c'est tout » ne lui donne qu'une interdiction locale.
Concrète
La formulation négative dit ce qu'on ne veut pas et laisse l'enfant sans instruction. « Arrête de courir » ne dit pas quoi faire ; « je voudrais que tu marches » le dit. « Ne prends pas tout d'un coup » laisse le champ ouvert ; « on range une brique avant d'en prendre une autre » ne le laisse pas.
Une phrase courte, à l'indicatif, dans le vocabulaire de l'enfant. Chez les plus jeunes, une consigne de plus de six ou sept mots est souvent perdue en route.
Constante
C'est le critère le plus difficile et le plus déterminant. Une règle qui s'applique selon la fatigue de l'adulte n'est plus une règle : c'est une variable que l'enfant va tester méthodiquement pour en comprendre le fonctionnement, ce qui est un comportement parfaitement rationnel de sa part.
La conséquence pratique est qu'il vaut mieux quatre règles tenues que douze règles annoncées. Les autres deviennent des habitudes, des préférences, des négociations, ce qui est très bien, à condition de ne pas les appeler des règles.
Cohérente
Deux cohérences, en fait. Celle de l'adulte avec lui-même d'abord : demander qu'on parle doucement en criant l'ordre annule la règle plus sûrement que n'importe quelle désobéissance. Et celle des adultes entre eux : si deux parents, ou un parent et un grand-parent, appliquent des règles opposées sur le même sujet, l'enfant n'apprend pas la règle, il apprend à qui la demander.
Cela n'oblige pas les adultes à éduquer de la même façon. Cela oblige à se mettre d'accord d'avance sur les quelques règles qui ne se discutent pas, et à régler les désaccords ailleurs que devant l'enfant.
Conséquente
Une règle sans suite n'existe pas. Mais la suite doit avoir un rapport avec ce qui s'est passé : ranger les jouets laissés au salon avant de partir au parc, oui ; supprimer l'écran du soir pour des jouets non rangés, non. Le deuxième cas apprend seulement que l'adulte est fâché.
Le critère fait l'objet de la section suivante, parce que c'est là que se joue toute la différence entre une conséquence et une punition qui avance masquée.
Courtoise
Le ton n'est pas un supplément d'âme, c'est ce qui détermine si l'enfant entend la règle ou entend l'attaque. On peut être ferme et calme en même temps ; les deux ne sont pas sur le même axe.
Trois gestes concrets font l'essentiel du travail : se baisser à sa hauteur, nommer l'émotion avant d'énoncer la suite, et garder la même phrase plutôt que d'argumenter. « Je vois que tu es déçu, et on range quand même avant de partir » contient les trois. Cette façon de nommer l'émotion sans céder sur le cadre est développée dans notre page sur l'accompagnement des émotions.
Conséquence logique ou punition déguisée ?
Beaucoup de ce qui s'annonce aujourd'hui comme « conséquence logique » est une punition à laquelle on a changé le nom. Jane Nelsen, qui a diffusé la notion de discipline positive, a proposé un test en quatre points pour trancher, souvent appelé les quatre R. Une conséquence n'en est une que si les quatre sont réunis.
| Critère | Ce qu'il exige | Exemple qui échoue |
|---|---|---|
| En lien | La suite se rapporte directement à ce qui vient d'être fait | Priver de dessert parce que la chambre n'est pas rangée |
| Respectueuse | Ni humiliation, ni reproche, ni douleur. Appliquée avec fermeté et gentillesse | « Tu vas ranger, et devant ta sœur, comme ça tu réfléchiras » |
| Raisonnable | Proportionnée, y compris du point de vue de l'enfant, et sans surenchère ajoutée après coup | « Plus de vélo pendant un mois » pour un casque oublié |
| Annoncée à l'avance | L'enfant savait, avant d'agir, ce qui arriverait | Une conséquence inventée sur le moment, sous le coup de l'agacement |
Nelsen fait remarquer que lorsque l'un des quatre manque, ce n'est plus une conséquence : c'est une punition, et elle produit alors ce qu'elle appelle les quatre R de la punition, ressentiment, revanche, rébellion et retrait. Autrement dit, non seulement elle ne corrige pas le comportement, mais elle installe autre chose à la place. Les alternatives concrètes sont détaillées dans remplacer la punition.
Combien de règles, et qui les écrit
Quatre à six règles fondamentales suffisent, et un enfant de quatre à dix ans les retient sans effort si elles sont stables. Au-delà, personne ne les connaît, ni lui ni vous.
Ces règles gagnent énormément à être écrites, affichées, et surtout formulées avec l'enfant à partir de quatre ou cinq ans. Une demi-heure suffit : on cherche ensemble ce qui est important dans la maison, on formule à voix haute, on note. Les enfants proposent en général des règles plus sévères que celles des adultes, et c'est l'occasion de discuter du raisonnable.
Le bénéfice n'est pas cosmétique. Une règle que l'enfant a contribué à écrire cesse d'être une contrainte extérieure : quand elle est enfreinte, on peut se référer à un texte commun plutôt qu'à l'autorité de celui qui parle le plus fort.
Quand la règle est enfreinte quand même
Elle le sera, et c'est normal. Ce qui compte est la séquence, pas l'intensité.
- Rappeler la règle, une fois, en une phrase. Pas d'exposé, pas de « combien de fois faut-il que je te le dise ».
- Laisser trois secondes. Un jeune enfant a besoin de ce délai pour traiter une consigne et interrompre ce qu'il fait. Ce silence évite la moitié des conflits.
- Appliquer la conséquence annoncée, sans commentaire. C'est le moment de ne rien ajouter.
- Réparer, quand c'est possible. Ramasser, nettoyer, remettre, aller voir la personne concernée. La réparation apprend infiniment plus que l'excuse récitée.
- Revenir plus tard, à froid. Une fois tout le monde calmé, deux minutes pour comprendre ce qui s'est passé valent mieux qu'un quart d'heure d'explication pendant la crise, moment où l'enfant n'est de toute façon pas en état d'entendre. C'est le point développé dans la gestion des crises.
Ce qui change selon l'âge
| Âge | Ce que l'enfant peut faire | Ce qui fonctionne |
|---|---|---|
| 18 mois à 3 ans | Comprend la consigne simple, ne peut pas encore inhiber son impulsion de façon fiable | Deux ou trois règles de sécurité, formulées en trois mots, plus l'aménagement de l'environnement. Ranger l'objet interdit vaut mieux que répéter l'interdit |
| 3 à 6 ans | Comprend le pourquoi, teste systématiquement la stabilité de la règle | Règles écrites et affichées, formulées avec lui. La constance compte plus que tout le reste à cet âge |
| 6 à 12 ans | Discute, argumente, a un sens aigu de la justice et de l'égalité de traitement | Un temps de discussion prévu, où la règle peut être révisée. Une règle qu'on refuse d'expliquer perd toute légitimité à cet âge |
La règle qui ne tient pas est souvent une règle mal placée
Avant de renforcer une règle qui échoue, il vaut la peine de se demander ce que l'enfant cherche à obtenir en la transgressant. Un enfant qui se lève dix fois de table ne conteste pas la règle du repas : il a besoin de bouger, ou il n'a pas faim, ou il réclame de l'attention à un moment où les adultes parlent entre eux. Dans ces cas, durcir la règle échoue toujours, parce que le problème n'était pas la règle. Regarder le besoin sous le comportement, c'est le sujet de notre page sur les caprices et les besoins cachés.