Les douces violences pratiquées à la maison et en crèche

Dire à un enfant : « Tu n’écoutes jamais ! » ou refuser quelque chose sous prétexte que vous êtes fâché, c’est ce qu’on appelle la douce violence éducative. Ce concept vise à définir les comportements que les parents ou les grandes personnes ont parfois à l’encontre des enfants. Vous vous dites sûrement : « Mais pourquoi ? Est-ce vraiment de la violence ? » Je vous explique comment mieux les appréhender et les éviter pour le bien de votre relation avec vos enfants.

La douce violence : définition, causes et conséquences

Vous connaissez sûrement la bienveillance, mais le terme de « douce violence » vous est probablement inconnu. Ces deux mots que l’on peut qualifier de contradictoires peuvent pourtant avoir une signification bien déterminée.

Les cris, les insultes ou les menaces que peut recevoir une personne, c’est de la violence. Au niveau psychologique, la violence passe par la dévalorisation d’une personne. Ce peut être par des mots, des propos dédaigneux ou méprisants. Par l’humiliation, l’enfant ou l’adulte va perdre confiance en lui, ce qui pourra avoir un impact sur toute sa vie. Associée au mot douceur, qui rappelle surtout ce qui est agréable et loin des chocs, la « douce violence » désigne les différentes maladresses d’un adulte envers un enfant. Selon l’Observatoire de la Violence éducative ordinaire (VEO), la douce violence est utilisée au quotidien. Ces méthodes peuvent être appliquées par les parents à la maison ou les éducateurs dans les écoles ou les crèches. Ces moments sont généralement brefs, parfois involontaires. Mais souvent, ils font partie des pratiques de la vie de parent.

Son origine vient des traumatismes qu’eux-mêmes ont subis durant leur enfance, il s’agit alors d’un cercle vicieux auquel vous pourriez mettre un terme en adoptant de nouvelles attitudes. La douce violence peut aussi être causée par le fait que certains adultes utilisent les enfants pour répondre à leurs besoins. Dans ce cas, ils n’hésitent pas à user de la punition ou de la manipulation pour obtenir ce qu’ils veulent. Contrairement aux claques, aux fessés ou aux humiliations et brusqueries, les agissements dans le cadre d’une violence douce ne sont pas punis par la justice.

Les douces violences peuvent placer l’enfant dans une insécurité affective qui peut avoir des conséquences à long terme. Les propos ou la manière de parler à l’enfant peuvent le déstabiliser et impacter durablement la construction de sa personnalité. Ce petit être se développe en prenant en compte le regard de son entourage : les actes de violence, quels qu’ils soient, vont énormément l’affecter.

Comment reconnaître les douces violences ?

Nos agissements ont toujours des impacts importants pour nos enfants. J’insiste sur ce fait, car il est nécessaire de faire comprendre que cette notion est assez complexe. Il est possible que la douce violence ne s’applique pas directement à l’enfant, par exemple le seul fait de parler de lui (surtout en négatif) en sa présence peut être de la douce violence. C’est également le cas lorsque vous obligez un enfant à suivre votre rythme sans prendre en compte ses besoins ou ses dispositions (fatigue, faim, soif, etc.).

Pour connaître les moyens de remédier aux douces violences dans votre vie, je vous invite à découvrir différents exemples et les solutions que vous devriez adopter.

Vraiment, tu ne m’écoutes jamais !

Vous dites souvent cela lorsque vous êtes en colère contre l’enfant qui semble ne pas faire attention à ce que vous dites et répéter ses erreurs. Sachez que cette affirmation est fausse. Il est possible que l’enfant vous écoute, mais qu’il fasse délibérément le choix de ne pas le prendre en compte, tout simplement. Il se peut aussi qu’il n’ait tout simplement pas compris votre demande trop abstraite.

Si vous lui répétez cela sans cesse, l’enfant risque de ne vraiment plus vous écouter.

Que faire ?

Ce type de phrase est à bannir. Au lieu de cela, prenez le temps de vous arrêter et de vous mettre à la hauteur de l’enfant. Lorsqu’il aura toute votre attention, dites-lui ce que vous avez à dire, et expliquez les notions abstraites comme le « danger ».

Les douces violences pratiquées à la maison et en crèche

« Tu es vraiment nul »

Tout comme « tu es un idiot », « tu es vraiment têtu » ou « tu ne fais que des bêtises », ce genre de remarque n’est pas constructif pour un enfant (ni pour un adulte). Il risque de se dire lui-même qu’il n’est bon à rien et aura davantage tendance à échouer naturellement en se considérant « nul » de base. Pour les experts de la petite enfance, les bêtises n’existent pas, ce sont simplement des expériences qui sont ratées ou réussies. Rappelez-vous également qu’à moins de 5 ans, un enfant ne pourra pas comprendre les conséquences d’une action.

Que faire ?

Lorsque votre enfant fait une gaffe ou ne réussit pas à accomplir une tâche (ou un exercice) correctement, demandez-vous quelles en sont les raisons. Il se peut que les consignes n’aient pas été claires ou que l’enfant ait eu une raison particulière de ne pas suivre vos instructions, ou qu’un outil soit mal adapté. Prenez le temps de l’accompagner pour effectuer ces expériences pas à pas afin qu’il réussisse.

« Non, je suis en colère ! »

C’est tout simple : comment vous sentiriez-vous si votre partenaire, votre collaborateur ou même votre boss vous refusait quelque chose parce qu’il était fâché ? Vous seriez frustré devant cette injustice et vous n’auriez pas envie de continuer à faire votre travail. Il en va de même pour l’enfant, qui en plus, copiera vos réactions. Ce genre de réaction est vraiment contre-productive, de plus, votre enfant finira par croire que c’est lui qui vous met tout le temps en rogne.

Que faire ?

La communication est la base d’une bonne relation, même avec un enfant. Il est conseillé de parler et d’exprimer ce que vous ressentez pour que votre enfant comprenne la situation et surtout, qu’il n’en est pas la cause.

« Tu comprendras quand tu seras grand »

Ah les enfants ! Il y a un âge où ils n’arrêtent pas de poser des questions. « Pourquoi il est grand ? » « Pourquoi tu dois partir travailler ? » « Pourquoi je reste à la maison ? » « Pourquoi la dame elle pleure et elle met du noir ? » En toute occasion, votre enfant pose des questions quand il ne comprend pas. C’est une preuve de sa curiosité et de son intelligence. Certes, il ne comprend pas encore forcément toutes les implications de ce que vous lui dites, mais il essaie. Mais lorsque vous en avez assez de ces questions, vous avez tendance à lui couper la parole et lui dire « Tu comprendras plus tard !». Et non, ce n’est pas une bonne idée !

Que faire ?

L’enfant n’est ni idiot ni naïf. Prenez le temps de lui donner une explication claire ou dites-lui tout simplement que vous ne savez pas. De cette manière, le sujet ne le tracassera plus et il pourra passer à autre chose.

« Fais ceci et je te donne cela… »

Le chantage, ce n’est acceptable pour personne, grand ou petit. Vous ne devez pas obliger un enfant à faire quelque chose. Si vous procédez comme cela à chaque fois, vous aurez des difficultés lorsque vous n’aurez plus rien à lui donner. De plus, il s’attendra toujours à ce que vous lui offriez quelque chose en échange d’une action de sa part. De même, il faut éviter de faire peur à votre enfant en utilisant l’expression « Fais ceci, mais ne m’oblige pas à.. ». Il répétera ce comportement une fois adulte, dans ses relations avec ses amis, ses collègues ou encore son partenaire.

Que faire ?

Pour son bien, il faut que vous soyez patient. Lorsqu’il a des réticences à faire quelque chose, offrez-lui deux choix, une alternative, ou une explication. Il sera heureux de pouvoir exercer son libre arbitre, et cela lui fera comprendre qu’il en a besoin ou que c’est important. Par exemple, il faut manger pour être fort ou il faut se brosser les dents pour être en bonne santé.

« Mais dépêche-toi ! »

Vous êtes déjà en retard, et votre enfant traîne des pieds ou ne marche pas assez vite pour vous. Au bout de la rue, vous lui criez « Mais dépêche-toi ! » et voilà votre petit qui pique un sprint pour vous rejoindre, sans faire attention aux voitures ou aux passants. Cela peut causer encore plus de problèmes, comme un accident ou ses affaires qui tombent partout. Mettre la pression à un enfant ne le changera pas et ne l’incitera pas à faire plus d’efforts. Pouvez-vous être plus performant lorsque votre patron ne cesse de vous demander de vous dépêcher pour accomplir une énorme tâche ?

Que faire ?

Un enfant a son propre rythme et il n’est pas le même que le vôtre. Si vous avez un rendez-vous, pensez à vous préparer plus tôt afin d’avoir du temps devant vous pour lui. Inciter les efforts sous forme de jeu peut être une solution pour qu’il s’active un peu plus. Les courses avec grand frère ou avec papa marchent à tous les coups ! En plus de le motiver, vous passerez de bons moments ensemble.

« Arrête ! » « Tu m’énerves ! »

Je ne dirai pas le contraire, à certains moments les enfants peuvent se montrer très énervants. Mais ce n’est pas une raison pour lui crier dessus et le lui dire constamment. L’injonction « Arrête » peut-être tentante lorsque l’enfant fait quelque chose qui ne vous plaît pas ou vous dérange, ce peut être le bruit, le tapotage d’un objet, les pleurs, les cris et bien d’autres.

Les douces violences pratiquées à la maison et en crèche

Que faire ?

Lorsque vous lui demandez d’arrêter quelque chose, il est recommandé de lui donner une explication. Si vous faites de ce mot une menace, vous risquez d’avoir un enfant docile et soumis. Il manquera de personnalité et de spontanéité puisqu’il aura toujours peur de votre réaction. Pour ce qui est d’un enfant « énervant », le mieux sera toujours de lui donner une explication. Dites-lui par exemple que son attitude n’est pas adaptée au lieu où vous êtes et qu’il doit garder certains gestes pour un milieu plus intime.

« Fais-lui un bisou ! »

Depuis quand les marques d’affection sont-elles obligatoires ? Pour un enfant, le bisou est une marque d’affection qu’il donne à papa, maman, ses grands frères ou Papi et Mamie. Les parents pensent à tort qu’un enfant qui fait la bise à tout le monde est bien élevé. Avouez qu’il vous arrive d’en avoir marre des bisous à tout-va (aux fêtes de famille, au début de l’année, à votre anniversaire, etc.), et encore plus avec des inconnus. Imaginez ce que pense votre enfant lorsque vous l’obligez à embrasser Tatie Suzie qu’il n’a jamais vue de sa vie comme il le fait avec sa mère ou son frère ?

Que faire ?

Expliquez à votre enfant que lorsqu’il rencontre une personne, dire bonjour est très important. Puis, il a le choix : dire bonjour tout simplement, serrer la main, donner un bisou ou même faire un câlin. Ce sera à lui de choisir en fonction de son ressenti sur la personne. Quand un enfant possède cette liberté, il est plus enclin à partager ces marques de tendresse avec son entourage. L’affection ne s’exige pas.

Comment remédier aux douces violences ?

Pour éviter la douce violence, il est conseillé de toujours penser à la bienveillance. Cela vous aidera à trouver plus facilement ce qui est adapté au bien-être de l’enfant. Prendre connaissance de ce concept vous incitera à vous remettre en question au quotidien. Vous pourrez alors limiter les dérives et éviter de prononcer des paroles qui peuvent être blessantes sans le savoir. Il est important de prendre de nouvelle habitude et de favoriser la communication avec les enfants.

Au matin ou au soir, communiquez et n’hésitez pas à insister sur les choses positives. Évitez les critiques entre parents devant l’enfant ainsi que les critiques envers l’enfant. « Tu manges comme un cochon » n’est pas une phrase affective. Prenez le temps de lui apprendre comment faire et répétez-lui qu’il est capable de faire comme il faut.

Lorsqu’un enfant pique sa crise, la solution n’est pas de lui crier dessus aussi. Il a juste besoin d’être apaisé et d’apprendre à maîtriser ses émotions, ne faites pas démonstration du contraire. Vous devez lui montrer qu’il peut avoir confiance en vous et que vous êtes toujours présent pour le soutenir. Une phase compréhensive comme « je comprends que tu es contrarié parce que tu as fait tomber ta glace » accompagnée d’un bisou et d’un câlin peut suffire à le contenir.

Enfin, n’oubliez pas de féliciter votre enfant et de lui faire comprendre qu’il a bien fait. Au lieu de « T’es un champion » parce qu’il a mis son assiette sale dans l’évier, vous pouvez dire : « Merci, je vais pouvoir faire la vaisselle rapidement, car tu as déjà mis ton assiette dans l’évier ». Il se sentira utile et sera enclin à recommencer une prochaine fois.

Les exemples que j’ai cités dans cet article ne sont pas exhaustifs, mais ils vous permettent de comprendre ce qu’est la douce violence. Il se peut que vous ayez déjà fait face à certaines de ces situations, prenez le temps d’analyser votre relation avec votre enfant et de changer ces mauvaises habitudes pour ne pas instaurer de douce violence dans votre quotidien.

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