Un petit garçon boude, les bras croisés, sur un fond sombre

Les coups, les morsures, les griffures et les cheveux tirés sont fréquents entre un et quatre ans, et cette fréquence n'est ni un accident ni le signe d'une éducation ratée. Elle correspond à un moment précis du développement, très bien documenté, et elle décroît ensuite d'elle-même chez la grande majorité des enfants. Ce que fait l'adulte pendant cette période compte, mais pas de la façon qu'on croit.

Un pic entre 2 et 4 ans

Les travaux de Richard Tremblay et de son équipe à l'Université de Montréal ont établi, à partir de suivis longitudinaux d'enfants dès la naissance, une courbe qui a renversé l'idée reçue. L'agressivité physique s'observe dès douze mois environ, atteint son maximum de fréquence entre deux et quatre ans, puis décroît régulièrement jusqu'au début de l'âge adulte.

La conclusion qu'en tirent ces chercheurs change le regard d'un parent. Les enfants n'apprennent pas à être agressifs, ils apprennent à inhiber une réaction qui est là dès le départ. Un enfant de deux ans qui tape ne reproduit pas un modèle, il n'a simplement pas encore acquis le contrôle qui lui permettra de ne pas le faire. C'est un apprentissage en cours, pas une dérive.

Ces mêmes travaux identifient plusieurs trajectoires distinctes. La très grande majorité des enfants suit la courbe descendante. Une petite minorité, estimée entre 3 et 7 %, maintient une fréquence élevée d'agressivité physique de l'enfance à l'adolescence, et c'est ce groupe-là qui relève d'un accompagnement spécifique. La dernière section de cette page indique comment reconnaître qu'on pourrait en faire partie.

Pourquoi le geste précède la pensée

Le contrôle inhibiteur, cette capacité à empêcher un geste déjà lancé, dépend de réseaux cérébraux qui incluent le cortex préfrontal. Contrairement à ce qu'on lit souvent, ce cortex n'est pas hors service chez le jeune enfant. Il fonctionne dès la petite enfance, mais il mûrit lentement, et cette maturation se poursuit bien au-delà de l'adolescence. Un enfant de deux ans dispose donc d'un frein réel, mais faible, et qui lâche sous une charge émotionnelle forte.

Il faut y ajouter une contrainte de langage. Entre dix-huit mois et trois ans, un enfant n'a pas les mots pour dire « je voulais ce camion et je suis furieux ». Le geste est alors le seul moyen d'expression disponible, ce qui explique que la courbe de l'agressivité descende à mesure que celle du vocabulaire monte. Les deux sont liées, et c'est ce qui rend le travail sur le langage émotionnel si efficace.

Repérer vos déclencheurs à vous

Les situations qui provoquent le débordement sont presque toujours les mêmes dans une famille donnée. Les identifier vaut mieux que n'importe quelle stratégie de réaction, parce que cela permet d'agir avant.

Déclencheur Ce qui se passe Ce qu'on peut faire en amont
Frustration immédiate Objet refusé, jeu interrompu, un « non » Prévenir avant l'interruption, laisser un délai, proposer un choix entre deux options
Fatigue et faim La capacité d'inhibition, déjà faible, s'effondre C'est le facteur le plus sous-estimé. Un en-cas à 17 h évite beaucoup de conflits de 18 h
Surcharge Fin de journée en collectivité, lieu bruyant, trop de monde Un sas au retour : vingt minutes calmes sans consigne ni question
Changement de repères Naissance d'un cadet, déménagement, nouveau mode de garde S'attendre à une recrudescence temporaire, et ne pas la traiter comme une régression morale
Recherche de contact Chez les plus jeunes, taper est parfois une tentative maladroite d'entrer en relation Montrer le geste juste, main sur main : « on touche doucement »

Un carnet posé sur le frigo, où l'on note pendant deux semaines l'heure et le contexte de chaque épisode, fait apparaître le schéma en quelques jours. Dans la majorité des familles, il se concentre sur un ou deux créneaux horaires précis, ce qui rend le problème beaucoup plus maniable qu'il n'en avait l'air.

Une mère console un petit garçon en larmes pendant que son frère joue à côté

Que faire dans les trente secondes

L'ordre compte autant que le contenu.

Ce qui rend cette séquence efficace n'est pas son contenu mais sa répétition à l'identique. Un enfant apprend un script en le vivant des dizaines de fois, pas en le comprenant une fois. Cette logique est la même que celle décrite dans notre page sur l'accompagnement des émotions.

Intervenir n'a rien de contraire à Montessori

Beaucoup de parents qui s'intéressent à la pédagogie hésitent à arrêter le geste, de peur de brider l'enfant. Montessori a pourtant été très claire sur ce point. Au chapitre V de Pédagogie scientifique (1909, traduit en anglais en 1912), elle écrit que la liberté de l'enfant « doit avoir pour limite l'intérêt collectif » et qu'il faut « arrêter chez l'enfant tout ce qui offense ou gêne les autres ». Tout le reste doit être permis et observé, mais le coup porté à un autre enfant n'entre pas dans ce reste. Dans ses classes, l'enfant qui perturbait les autres était installé un moment à une petite table à part, sans reproche, avec un adulte attentif, ce que décrit notre page sur éduquer sans punir.

Le coussin à frapper, un conseil à abandonner

« S'il est en colère, donne-lui un coussin à frapper » est l'un des conseils les plus répandus de la parentalité positive. Il repose sur l'idée de catharsis, selon laquelle décharger la colère la ferait diminuer. Cette idée est fausse, et elle a été testée.

Les travaux de Brad Bushman, publiés en 2002 dans Personality and Social Psychology Bulletin, ont mis des participants en colère, puis les ont répartis en trois groupes. Les uns frappaient un sac en pensant à la personne qui les avait mis en colère, d'autres frappaient le sac en pensant à autre chose, les derniers ne faisaient rien. Le groupe qui avait frappé en ruminant s'est déclaré plus en colère et s'est montré plus agressif ensuite. Le groupe qui n'avait rien fait s'en sortait le mieux. Frapper quelque chose en pensant à ce qui vous met en colère entretient la colère au lieu de l'évacuer.

La transposition à un enfant de trois ans demande de la prudence, l'étude porte sur des adultes. Mais elle suffit à écarter le coussin comme réflexe, d'autant qu'il envoie un message contradictoire, puisqu'on interdit à l'enfant de frapper tout en lui indiquant quoi frapper.

Ce qui marche à la place appartient à deux registres, et aucun ne consiste à décharger. On peut changer d'état, sortir, boire un verre d'eau, s'asseoir côte à côte en silence, serrer fort quelque chose de résistant sans le frapper ; ou faire diversion, en engageant l'attention ailleurs. Chez un jeune enfant, la présence calme d'un adulte qui ne parle pas fait souvent tout le travail.

Ce qu'il vaut mieux éviter

Crier ou réagir fort. Une réaction spectaculaire de l'adulte devient une récompense en soi pour un enfant en manque d'attention, et une source de peur pour les autres. La fermeté ne dépend pas du volume.

Mordre ou taper en retour « pour qu'il comprenne ». Outre que la loi du 10 juillet 2019 a inscrit dans le code civil que l'autorité parentale s'exerce sans violences physiques ni psychologiques, ce geste enseigne exactement ce qu'on cherche à défaire : que l'adulte règle un conflit par la force.

Exiger des excuses immédiates. Un « pardon » arraché à un enfant encore submergé est une formule vide. La réparation vaut infiniment mieux : aller chercher un mouchoir, remettre le jouet, poser la main doucement. Le geste répare, le mot récité ne répare rien.

Étiqueter. « Tu es violent », « tu es méchant » décrivent la personne au lieu de l'acte, et un enfant qui entend cela régulièrement finit par s'y conformer. On décrit ce qui s'est passé, jamais ce qu'il est.

Raconter l'épisode devant lui, à quelqu'un d'autre. Le récit fait à la sortie de l'école, à voix haute, installe le rôle plus sûrement que l'épisode lui-même.

Les morsures entre 1 et 3 ans

Mordre est extrêmement courant entre douze et trente-six mois, en particulier en collectivité, où la densité d'enfants et la rareté des jouets multiplient les occasions. À cet âge, la bouche reste un organe d'exploration et d'expression majeur, et le geste est souvent plus rapide que tous les autres. La réponse est la même, protéger l'enfant mordu, dire une phrase courte, ne pas faire de sermon. Les crèches et les assistantes maternelles y sont habituées et ont leurs protocoles, et un épisode de morsures n'est en soi le signe de rien de grave. La fréquence tombe naturellement avec l'arrivée du langage, et c'est souvent brutal, en quelques semaines.

Lui donner des mots

C'est le levier le plus puissant, et le plus lent. Plus un enfant dispose de mots précis pour ce qu'il ressent, moins le geste lui est nécessaire. Trois pratiques y contribuent.

Nommer, y compris pour soi. « Je suis fatiguée ce soir et je m'énerve pour rien. » Un enfant apprend le vocabulaire des états intérieurs en entendant les adultes s'en servir sur eux-mêmes, pas seulement sur lui.

Élargir au-delà des quatre émotions de base. Déçu, agacé, jaloux, gêné, impatient, débordé, ce sont ces nuances-là qui manquent quand un enfant tape.

Vérifier le socle. Sommeil suffisant, temps libre non structuré, moments de présence sans écran ni sollicitation. Un enfant dont ces conditions ne sont pas réunies déborde plus vite, quel que soit le travail fait sur les émotions. Ce socle est détaillé dans notre page sur les besoins fondamentaux de l'enfant, et la lecture du comportement comme signal d'un besoin non couvert dans les caprices et les besoins cachés.

Quand consulter

Dans la grande majorité des cas, l'agressivité physique avant quatre ou cinq ans suit la courbe décrite plus haut et décroît d'elle-même. Un avis professionnel, auprès du médecin de l'enfant, d'un pédopsychiatre ou d'un psychologue, est justifié si l'un de ces éléments est présent.

Un enfant qui tape à trois ans n'annonce rien de ce qu'il sera. La courbe descend pour presque tous, et le travail des adultes autour de lui consiste surtout à ne pas transformer une étape en identité.

FR

Fanny Renna

Éducatrice Montessori, assistante diplômée AMI

Elle a travaillé plusieurs années dans les écoles Montessori de Roaix et de Montélimar. Les contenus de ce site sont fondés sur ses formations et son expérience de terrain.

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