Une fillette à lunettes lit un livre, assise en tailleur près d'une fenêtre

L'élémentaire Montessori est beaucoup moins connu que la Maison des enfants, et il en diffère profondément. Le matériel sensoriel disparaît, la recherche remplace la manipulation et le groupe devient central. Deux sources permettent de le décrire précisément, un ouvrage de 1916 et le travail plus tardif sur l'éducation cosmique, et il vaut mieux ne pas les confondre.

Le deuxième plan du développement

Entre 6 et 12 ans, l'enfant change de mode d'apprentissage. L'esprit absorbant s'éteint. L'enfant n'imprègne plus son environnement sans effort, il l'interroge. Quatre traits caractérisent cette période et commandent toute l'organisation de la classe.

Ce que Montessori a mis en place en 1916

Un ouvrage règle la question de ce qu'était l'élémentaire dans les années 1910, L'autoeducazione nelle scuole elementari, publié à Rome en 1916. Sa seconde partie, celle du matériel, a été traduite dès 1917 en anglais sous le titre The Montessori Elementary Material par Arthur Livingston, professeur d'italien à l'université Columbia. Les deux versions sont dans le domaine public et se lisent intégralement, l'italienne sur Internet Archive, l'anglaise sur le projet Gutenberg. Sa table des matières est un programme complet, et elle surprend.

DomaineCe qu'on y trouve
GrammaireLes boîtes de grammaire, présentant successivement deux, trois, quatre, cinq, six, sept, huit puis neuf parties du discours. La grammaire se manipule avant de s'énoncer
Géométrie planeCarrés et figures divisées, fractions, réduction des fractions ordinaires en fractions décimales, figures équivalentes, théorèmes fondés sur les figures équivalentes, division d'un triangle, figures inscrites et concentriques
Géométrie dans l'espacePuissances des nombres, cube d'un binôme, poids et mesures
DessinDessin géométrique linéaire, composition artistique avec les encastrements, dessin d'après nature
MusiqueLa gamme, la lecture et l'écriture de la musique, clés de sol et de fa, gammes majeures, exercices de rythme, chant, auditions musicales
MétriqueStrophe et vers, rime, accents toniques, vers parisyllabiques et imparisyllabiques, la césure, analyses métriques

Le théorème de Pythagore, acquis spontanément

Sur les encastrements de figures équivalentes, Montessori écrit que manipuler des figures géométriques, les disposer différemment et juger de leurs rapports capte l'attention absorbée de l'enfant. Elle compare le procédé aux jeux de patience, puis marque la différence, car ici « l'enfant sort de l'exercice avec des concepts clairs et non de simples notions ». La distinction entre figures semblables et figures équivalentes, la réduction de toute figure plane régulière à un rectangle équivalent, et la solution du théorème de Pythagore sont, écrit-elle, « acquises avidement et spontanément par l'enfant ».

L'histoire enseignée par les documents

Le passage le plus frappant de l'ouvrage concerne l'histoire, et il montre ce que voulait dire pour elle « rendre une matière absorbante ».

Le livre utilisé, I Liberatori de Pasquale de Luca, publié à Bergame en 1909, n'était pas conçu pour de jeunes lecteurs. Il avait été écrit pour éveiller le sentiment patriotique chez les émigrés italiens d'Argentine, et sa particularité tient aux documents contemporains reproduits en fac-similé, des télégrammes, des avis chiffrés placardés sur les murs des villes à la veille des soulèvements, des médailles commémoratives, et le reçu délivré par un bourreau pour avoir fouetté publiquement un patriote italien. Les chants patriotiques y figurent avec leur musique, que les enfants apprenaient par cœur en suivant le piano.

Elle décrit des enfants entièrement saisis par les situations. Ils lançaient des discussions animées, argumentaient, tranchaient. Ils s'indignaient d'un édit du roi de Naples destiné à tromper le public, s'emportaient contre les persécutions injustes, applaudissaient les actes héroïques, et finissaient par exiger de jouer les scènes. Ils formaient des troupes de trois ou quatre et rejouaient les épisodes avec un sens dramatique remarquable. Une petite fille apporta d'elle-même à l'école un recueil de tous les chants patriotiques italiens.

Deux enseignements pratiques en sortent. D'abord, ce qui capte un enfant de neuf ans, c'est le document authentique, pas le résumé pédagogique. Ensuite, elle note que les lectures préférées des enfants furent l'histoire italienne et le Mémoire sur le sauvage de l'Aveyron d'Itard, deux textes qu'aucun adulte n'aurait spontanément proposés à cet âge.

Le répertoire de lectures qu'elle cite mérite d'être connu : les contes d'Andersen, des nouvelles de Capuana, Cuore de De Amicis, des épisodes de la vie de Jésus, La Case de l'oncle Tom, Les Fiancés de Manzoni, Fabiola, l'histoire des guerres d'indépendance italiennes, et Itard.

L'éducation cosmique arrive trente ans plus tard

Les cinq grands récits et l'éducation cosmique sont aujourd'hui présentés comme le cœur de l'élémentaire Montessori. Ils n'apparaissent pas dans l'ouvrage de 1916. Ils viennent de la période indienne, entre 1939 et 1946, où Montessori, retenue en Inde par la guerre, développe cette approche avec son fils Mario. Le préciser évite un contresens fréquent sur la chronologie.

Plutôt que de présenter des disciplines séparées, on part de récits qui posent l'ensemble, et chaque matière apparaît ensuite comme une réponse à une question soulevée par le récit.

RécitCe qu'il ouvre
L'origine de l'univers et de la TerreAstronomie, géologie, chimie, physique, états de la matière
L'apparition de la vieBiologie, classification, évolution, écologie, la frise du vivant
L'apparition des humainsPréhistoire, histoire, besoins fondamentaux, géographie humaine
L'invention de l'écritureLangue, alphabets, grammaire, histoire des langues
L'invention des nombresMathématiques, systèmes de numération, mesures

Ces récits sont racontés en début d'année, avec des expériences spectaculaires à l'appui, puis rappelés chaque année du cycle. Un enfant les entend donc six fois entre 6 et 12 ans, et il y comprend chaque fois autre chose.

Deux fillettes souriantes avec des couronnes de fleurs

L'organisation d'une journée

Le cycle de travail long subsiste, mais son contenu change du tout au tout par rapport à la Maison des enfants.

MomentCe qui s'y passe
AccueilArrivée échelonnée, consultation du plan de travail personnel, reprise des travaux en cours
Cycle du matin, environ 3 heuresTravail individuel et en petits groupes, présentations de l'éducateur à deux ou trois enfants, sorties de recherche à la bibliothèque
Regroupements ponctuelsUn grand récit, une présentation collective, un compte rendu de recherche fait par des enfants aux autres
RepasMise du couvert, service, rangement, qui restent des tâches d'élèves
Après-midiProjets longs, sorties, arts, musique, éducation physique, conseil de classe
Fin de journéeBilan du plan de travail, rangement complet de l'ambiance

Selon les écoles, on trouve un seul groupe de 6 à 12 ans ou deux groupes de 6-9 et 9-12 ans. La seconde formule est la plus courante en France, parce qu'un groupe unique de six âges demande une maîtrise et des effectifs que peu d'écoles ont.

La sortie de classe est une caractéristique du cycle, et elle surprend beaucoup de familles. Un groupe de trois enfants de dix ans peut aller à la bibliothèque municipale, au marché ou au musée pour une recherche, accompagné mais non porté par l'adulte. C'est un élément constitutif du deuxième plan, pas une sortie récréative.

Le matériel de l'élémentaire

Le matériel sensoriel disparaît, remplacé par des outils au service de la recherche et de l'abstraction.

Le rôle de l'éducateur change de nature

En Maison des enfants, il présente un matériel et s'écarte. En élémentaire, il fait trois choses différentes.

Il raconte. Les grands récits sont des récits, avec un art de la narration qui fait partie de la formation. Un éducateur d'élémentaire qui raconte mal perd l'essentiel de son outil.

Il oriente sans répondre. À la question « pourquoi les volcans entrent en éruption », la réponse attendue indique le chemin plutôt que la solution, où chercher, quel livre ouvrir, quelle expérience monter. C'est la différence entre enseigner et lancer une recherche.

Il tient le fil du programme. Chaque enfant a un plan de travail hebdomadaire, négocié avec lui, et l'éducateur vérifie qu'aucun domaine n'est délaissé sur la durée. Un enfant passionné d'astronomie qui n'écrit plus depuis six semaines se voit proposer autre chose, sans y être contraint.

Les évaluations

Il n'y a ni notes ni classement, mais il y a un suivi précis, souvent plus détaillé que dans une classe ordinaire.

Une école hors contrat échappe aux programmes, mais elle reste tenue de faire acquérir progressivement le socle commun de connaissances, de compétences et de culture (article L442-2 du code de l'éducation), et l'inspection le vérifie en prenant pour référence les attendus de fin de cycle. Le cadre exact est détaillé dans Montessori et l'Éducation nationale.

La transition vers le collège

C'est le point de friction principal du cycle, faute d'établissement secondaire Montessori dans la plupart des départements. Trois écarts se constatent, et ils se préparent.

Le rythme. Passer d'un cycle de trois heures à des séquences de cinquante-cinq minutes avec sonnerie demande une adaptation réelle, généralement absorbée en quelques semaines.

La note. Un élève qui n'a jamais reçu de note découvre en même temps le chiffre et le classement implicite qu'il produit. En parler avant plutôt qu'après change beaucoup de choses.

Les formats. Le contrôle chronométré, la rédaction sur consigne, l'apprentissage d'une leçon à réciter sont des formats scolaires, pas des compétences. Un enfant qui sait lire, écrire et raisonner les apprend ; ce qu'il faut prévoir, c'est un temps d'entraînement, pas une remise à niveau. Quand une école affirme que ses élèves réussissent tous en sixième, elle parle du souvenir de quelques anciens, pas d'une cohorte suivie, et il vaut mieux le prendre comme tel.

La meilleure préparation reste concrète. Passer les évaluations nationales de CM2 dans l'établissement d'accueil si c'est possible, visiter le collège au printemps, et travailler l'apprentissage d'une leçon par cœur pendant la dernière année, exercice que l'élémentaire Montessori ne pratique pas.

Ce que les parents demandent avant l'élémentaire

Y a-t-il des devoirs ?

Rarement au sens habituel. Le travail de recherche se poursuit à la maison quand l'enfant le décide, et beaucoup d'écoles demandent une lecture quotidienne. Certaines ajoutent la mémorisation des tables, que le matériel ne remplace pas entièrement.

Mon enfant suivra-t-il le programme officiel ?

Pas dans l'ordre, et souvent au-delà sur certains points, en retrait sur d'autres. L'exigence légale porte sur l'acquisition progressive du socle commun, appréciée aux attendus de fin de cycle, pas sur le suivi du programme année par année.

Et s'il ne veut travailler qu'un seul sujet ?

C'est fréquent et plutôt bon signe. Le rôle de l'éducateur est de faire entrer les autres domaines par ce sujet. Un enfant passionné de dinosaures fait de la géologie, de la classification, des échelles de temps, du dessin et de la rédaction sans changer de sujet.

Est-ce adapté à un enfant qui a des difficultés ?

Le rythme individuel et l'absence de comparaison aident réellement. La limite est juridique et souvent découverte trop tard. En école hors contrat, un plan d'accompagnement personnalisé n'a pas de portée juridique et une aide humaine notifiée par la maison départementale des personnes handicapées n'y est pas financée par l'État. Le sujet est traité dans Montessori et les troubles des apprentissages.

FR

Fanny Renna

Éducatrice Montessori, assistante diplômée AMI

Elle a travaillé plusieurs années dans les écoles Montessori de Roaix et de Montélimar. Les contenus de ce site sont fondés sur ses formations et son expérience de terrain.

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