Un bébé éveillé, allongé sur une couverture en fourrure

Ce sujet est celui sur lequel circulent le plus d'affirmations catégoriques dans les deux sens, et le moins de références vérifiables. Cette page s'appuie sur deux essais randomisés publiés dans Pediatrics, dit précisément ce qu'ils ont mesuré, et dit aussi ce qu'ils ne permettent pas de conclure. Si votre question porte d'abord sur la nature des pleurs du soir, notre page sur les pleurs de décharge vient avant celle-ci.

De quoi parle-t-on exactement

Quatre approches très différentes sont désignées par la même expression dans les conversations. Les confondre est la principale source de désaccord.

Méthode En quoi elle consiste Étudiée ?
Extinction complète Aucune intervention jusqu'à l'endormissement Peu étudiée, et ce n'est pas ce que testent les essais cités plus bas
Extinction graduée On revient à intervalles croissants, quelques minutes d'abord, pour rassurer brièvement sans prendre l'enfant dans les bras. C'est la méthode popularisée par le pédiatre Richard Ferber dans les années 1980 Oui, c'est la principale méthode testée
Bedtime fading On décale le coucher à l'heure où l'enfant s'endort réellement, puis on l'avance progressivement. Il n'y a pas de pleurs à gérer, puisqu'il n'y a pas d'attente Oui, et c'est la grande oubliée des discussions
Accompagnement dégressif L'adulte reste présent et réduit son aide semaine après semaine : de la main sur le dos à la présence assise, puis à la chaise près de la porte Peu d'essais randomisés, beaucoup de pratique clinique

Pourquoi un bébé pleure au coucher

Les pleurs sont le moyen de communication principal d'un nourrisson, et ils signalent un état, pas une stratégie. Il n'existe pas de pleurs de manipulation chez un bébé : cela supposerait une capacité d'anticipation et de représentation de l'effet sur autrui dont il ne dispose pas encore.

Au moment du coucher, les causes les plus fréquentes sont identifiables et souvent corrigeables sans aucune méthode.

Un jeune enfant se cache le visage dans les mains, en noir et blanc

Ce que les études établissent

Deux travaux comptent, et il faut les citer précisément parce qu'ils sont constamment confondus.

Gradisar et al., Pediatrics, 2016. Essai randomisé sur 43 nourrissons de 6 à 16 mois répartis en trois groupes : extinction graduée, bedtime fading, et un groupe témoin recevant seulement une information sur le sommeil. Résultats : forte baisse du délai d'endormissement dans les deux groupes actifs, et baisse importante du nombre d'éveils nocturnes dans le groupe extinction graduée. Le cortisol salivaire, marqueur de stress, a montré une baisse faible à modérée dans les deux groupes actifs par rapport au témoin, donc pas d'élévation. Au suivi à douze mois, aucune différence significative n'a été trouvée sur les problèmes émotionnels et comportementaux, ni sur la répartition entre attachement sécure et insécure.

Price, Wake, Ukoumunne et Hiscock, Pediatrics, 2012. Suivi à cinq ans d'un essai randomisé portant sur 326 enfants dont les parents signalaient un problème de sommeil à sept mois, l'intervention comportementale ayant été délivrée entre huit et dix mois par des infirmières puéricultrices. À six ans, aucune différence entre le groupe intervention et le groupe témoin, ni sur le comportement et les émotions de l'enfant, ni sur ses habitudes de sommeil, ni sur le fonctionnement psychosocial rapporté par les parents et par les enfants, ni sur le stress chronique, ni sur la relation parent-enfant.

La formulation honnête de ce résultat

Ces deux essais n'établissent pas que ces méthodes sont bonnes. Ils établissent qu'on n'a pas détecté de dommage, sur les indicateurs mesurés, aux âges mesurés, avec les effectifs disponibles. C'est une information réelle et rassurante pour des parents épuisés qui culpabilisent. Ce n'est pas une recommandation, et cela ne rend pas ces méthodes nécessaires : la majorité des familles n'en utilisent aucune et leurs enfants finissent par dormir.

Ce que ces études ne disent pas

Le bedtime fading, la méthode dont personne ne parle

C'est le grand enseignement pratique de l'essai de 2016, et il est presque absent des discussions françaises. Le principe consiste à supprimer le problème plutôt qu'à le traverser : au lieu de coucher l'enfant à une heure théorique et d'attendre qu'il s'endorme, on le couche à l'heure où il s'endort effectivement.

Le protocole tient en quatre points.

La contrepartie est une à deux semaines de couchers tardifs, ce qui suppose des parents disponibles le soir. En échange, il n'y a rien à supporter : ni pleurs à chronométrer, ni porte à refermer.

L'âge change tout

Âge Ce qui est en jeu Ce qui est pertinent
0 à 4 mois Besoins nocturnes réels et fréquents, rythmes non stabilisés Répondre. Aucune méthode d'apprentissage n'a de sens ici, et aucune n'a été étudiée à cet âge
4 à 6 mois Les rythmes se structurent, les besoins nocturnes se réduisent chez certains Travailler l'heure du coucher, le rituel et l'environnement. Pas de méthode comportementale
6 à 18 mois La plupart des bébés en bonne santé n'ont plus de besoin physiologique justifiant des éveils fréquents C'est la fenêtre des essais cités. Bedtime fading en premier, extinction graduée si nécessaire
Après 18 mois L'enjeu devient relationnel et rituel plus que physiologique Cadre stable, rituel court et invariable, et accompagnement dégressif

Un préalable vaut pour tous les âges : un enfant qui se réveille en pleurant plusieurs fois par nuit alors qu'il dormait bien avant mérite un avis médical avant toute méthode. Otites, reflux, apnées et carence martiale se manifestent d'abord par un sommeil qui se dégrade.

L'approche Montessori et Pikler

Ni Montessori ni Emmi Pikler n'ont produit de méthode d'endormissement, et il faut se méfier de ce qu'on leur prête sur ce terrain. Ce qui découle en revanche directement de leurs principes tient en trois points.

Un environnement qui permet l'autonomie. Un lit au sol dans une chambre entièrement sécurisée change la nature du problème : l'enfant qui se réveille n'est plus prisonnier de barreaux et n'a pas à appeler pour être libéré. Beaucoup de réveils avec pleurs disparaissent simplement pour cette raison.

Un rituel court, identique, et mené par l'enfant autant que possible. Aller chercher son pyjama, choisir son livre, éteindre lui-même. Ce n'est pas un détail décoratif : la prévisibilité et la part d'initiative font une bonne partie du travail d'apaisement.

Une réponse cohérente. Ni surréaction à la moindre vocalise, un bébé émet des sons entre deux cycles de sommeil sans être réveillé, ni absence totale de réponse. La cohérence d'un soir à l'autre compte davantage que le choix entre deux minutes et cinq minutes d'attente.

Comment décider chez vous

Trois questions, dans cet ordre. Y a-t-il un problème médical ? Si le sommeil s'est dégradé sans raison, voyez le médecin avant tout. L'heure du coucher est-elle juste ? Notez l'heure d'endormissement réelle pendant une semaine : dans un très grand nombre de cas, le problème est là et il se règle sans rien d'autre. Qui n'en peut plus ? L'épuisement parental est un problème de santé à part entière, et il compte dans la décision. Une méthode appliquée sereinement pendant dix jours vaut mieux qu'une méthode idéale abandonnée au troisième soir, et un parent à bout n'accompagne bien ni la nuit ni la journée.

FR

Fanny Renna

Diplômée AMI, Drôme & Vaucluse

Elle a travaillé en école Montessori dans la Drôme et le Vaucluse. Les contenus de ce site sont fondés sur sa formation AMI et son expérience de terrain.

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