Ce sujet est celui sur lequel circulent le plus d'affirmations catégoriques dans les deux sens, et le moins de références vérifiables. Cette page s'appuie sur deux essais randomisés publiés dans Pediatrics, dit précisément ce qu'ils ont mesuré, et dit aussi ce qu'ils ne permettent pas de conclure. Si votre question porte d'abord sur la nature des pleurs du soir, notre page sur les pleurs de décharge vient avant celle-ci.
De quoi parle-t-on exactement
Quatre approches très différentes sont désignées par la même expression dans les conversations. Les confondre est la principale source de désaccord.
| Méthode | En quoi elle consiste | Étudiée ? |
|---|---|---|
| Extinction complète | Aucune intervention jusqu'à l'endormissement | Peu étudiée, et ce n'est pas ce que testent les essais cités plus bas |
| Extinction graduée | On revient à intervalles croissants, quelques minutes d'abord, pour rassurer brièvement sans prendre l'enfant dans les bras. C'est la méthode popularisée par le pédiatre Richard Ferber dans les années 1980 | Oui, c'est la principale méthode testée |
| Bedtime fading | On décale le coucher à l'heure où l'enfant s'endort réellement, puis on l'avance progressivement. Il n'y a pas de pleurs à gérer, puisqu'il n'y a pas d'attente | Oui, et c'est la grande oubliée des discussions |
| Accompagnement dégressif | L'adulte reste présent et réduit son aide semaine après semaine : de la main sur le dos à la présence assise, puis à la chaise près de la porte | Peu d'essais randomisés, beaucoup de pratique clinique |
Pourquoi un bébé pleure au coucher
Les pleurs sont le moyen de communication principal d'un nourrisson, et ils signalent un état, pas une stratégie. Il n'existe pas de pleurs de manipulation chez un bébé : cela supposerait une capacité d'anticipation et de représentation de l'effet sur autrui dont il ne dispose pas encore.
Au moment du coucher, les causes les plus fréquentes sont identifiables et souvent corrigeables sans aucune méthode.
- Un coucher mal calé. Trop tôt, l'enfant n'a pas de pression de sommeil et lutte. Trop tard, il est en surfatigue et s'endort encore moins bien. C'est de loin la cause la plus courante et la plus facile à corriger.
- Une fin de journée trop stimulante. Écrans, jeux excités, visites, lumière vive dans l'heure qui précède.
- La séparation. Elle est réellement vécue comme une insécurité par un jeune enfant, et elle s'intensifie souvent vers huit ou neuf mois, au moment où l'angoisse de séparation apparaît.
- Un inconfort physique. Dents, reflux, otite, chaleur, faim. À traiter avant toute autre chose.
- Un rituel trop variable. Un enchaînement différent chaque soir ne prépare rien.
Ce que les études établissent
Deux travaux comptent, et il faut les citer précisément parce qu'ils sont constamment confondus.
Gradisar et al., Pediatrics, 2016. Essai randomisé sur 43 nourrissons de 6 à 16 mois répartis en trois groupes : extinction graduée, bedtime fading, et un groupe témoin recevant seulement une information sur le sommeil. Résultats : forte baisse du délai d'endormissement dans les deux groupes actifs, et baisse importante du nombre d'éveils nocturnes dans le groupe extinction graduée. Le cortisol salivaire, marqueur de stress, a montré une baisse faible à modérée dans les deux groupes actifs par rapport au témoin, donc pas d'élévation. Au suivi à douze mois, aucune différence significative n'a été trouvée sur les problèmes émotionnels et comportementaux, ni sur la répartition entre attachement sécure et insécure.
Price, Wake, Ukoumunne et Hiscock, Pediatrics, 2012. Suivi à cinq ans d'un essai randomisé portant sur 326 enfants dont les parents signalaient un problème de sommeil à sept mois, l'intervention comportementale ayant été délivrée entre huit et dix mois par des infirmières puéricultrices. À six ans, aucune différence entre le groupe intervention et le groupe témoin, ni sur le comportement et les émotions de l'enfant, ni sur ses habitudes de sommeil, ni sur le fonctionnement psychosocial rapporté par les parents et par les enfants, ni sur le stress chronique, ni sur la relation parent-enfant.
La formulation honnête de ce résultat
Ces deux essais n'établissent pas que ces méthodes sont bonnes. Ils établissent qu'on n'a pas détecté de dommage, sur les indicateurs mesurés, aux âges mesurés, avec les effectifs disponibles. C'est une information réelle et rassurante pour des parents épuisés qui culpabilisent. Ce n'est pas une recommandation, et cela ne rend pas ces méthodes nécessaires : la majorité des familles n'en utilisent aucune et leurs enfants finissent par dormir.
Ce que ces études ne disent pas
- Elles ne portent pas sur les nourrissons. L'âge d'entrée est de six mois au minimum. Rien de ce qui précède ne s'applique à un bébé de deux mois.
- Elles ne testent pas l'extinction complète prolongée. Les protocoles étudiés comportent tous un retour de l'adulte, ou suppriment carrément l'attente dans le cas du bedtime fading.
- Les effectifs sont parfois très faibles. Quarante-trois nourrissons répartis en trois groupes, soit une quinzaine par bras, c'est peu pour exclure un effet modéré. L'absence de différence détectée n'est pas la preuve d'une absence de différence.
- Elles mesurent ce qui est mesurable. Cortisol, questionnaires d'attachement, échelles de comportement. Ce sont de bons indicateurs, ce ne sont pas tous les indicateurs.
- Elles ne disent rien du vécu des parents pendant. Or c'est souvent ce qui fait échouer une méthode : elle est appliquée trois soirs, abandonnée le quatrième, et l'enfant n'a rien appris sinon que persévérer finit par payer.
Le bedtime fading, la méthode dont personne ne parle
C'est le grand enseignement pratique de l'essai de 2016, et il est presque absent des discussions françaises. Le principe consiste à supprimer le problème plutôt qu'à le traverser : au lieu de coucher l'enfant à une heure théorique et d'attendre qu'il s'endorme, on le couche à l'heure où il s'endort effectivement.
Le protocole tient en quatre points.
- Observer une semaine. Noter chaque soir l'heure du coucher et l'heure d'endormissement réelle. Si vous couchez à 20 h et qu'il s'endort à 21 h 15, votre heure réelle est 21 h 15.
- Reculer le coucher à cette heure-là. C'est contre-intuitif et c'est le cœur de la méthode : on couche plus tard, pas plus tôt. L'enfant a alors une vraie pression de sommeil et s'endort en quelques minutes, sans lutte et sans pleurs.
- Avancer par pas de quinze minutes tous les deux ou trois soirs, tant que l'endormissement reste rapide.
- Reculer d'un cran si les pleurs reviennent, puis reprendre plus lentement.
La contrepartie est une à deux semaines de couchers tardifs, ce qui suppose des parents disponibles le soir. En échange, il n'y a rien à supporter : ni pleurs à chronométrer, ni porte à refermer.
L'âge change tout
| Âge | Ce qui est en jeu | Ce qui est pertinent |
|---|---|---|
| 0 à 4 mois | Besoins nocturnes réels et fréquents, rythmes non stabilisés | Répondre. Aucune méthode d'apprentissage n'a de sens ici, et aucune n'a été étudiée à cet âge |
| 4 à 6 mois | Les rythmes se structurent, les besoins nocturnes se réduisent chez certains | Travailler l'heure du coucher, le rituel et l'environnement. Pas de méthode comportementale |
| 6 à 18 mois | La plupart des bébés en bonne santé n'ont plus de besoin physiologique justifiant des éveils fréquents | C'est la fenêtre des essais cités. Bedtime fading en premier, extinction graduée si nécessaire |
| Après 18 mois | L'enjeu devient relationnel et rituel plus que physiologique | Cadre stable, rituel court et invariable, et accompagnement dégressif |
Un préalable vaut pour tous les âges : un enfant qui se réveille en pleurant plusieurs fois par nuit alors qu'il dormait bien avant mérite un avis médical avant toute méthode. Otites, reflux, apnées et carence martiale se manifestent d'abord par un sommeil qui se dégrade.
L'approche Montessori et Pikler
Ni Montessori ni Emmi Pikler n'ont produit de méthode d'endormissement, et il faut se méfier de ce qu'on leur prête sur ce terrain. Ce qui découle en revanche directement de leurs principes tient en trois points.
Un environnement qui permet l'autonomie. Un lit au sol dans une chambre entièrement sécurisée change la nature du problème : l'enfant qui se réveille n'est plus prisonnier de barreaux et n'a pas à appeler pour être libéré. Beaucoup de réveils avec pleurs disparaissent simplement pour cette raison.
Un rituel court, identique, et mené par l'enfant autant que possible. Aller chercher son pyjama, choisir son livre, éteindre lui-même. Ce n'est pas un détail décoratif : la prévisibilité et la part d'initiative font une bonne partie du travail d'apaisement.
Une réponse cohérente. Ni surréaction à la moindre vocalise, un bébé émet des sons entre deux cycles de sommeil sans être réveillé, ni absence totale de réponse. La cohérence d'un soir à l'autre compte davantage que le choix entre deux minutes et cinq minutes d'attente.
Comment décider chez vous
Trois questions, dans cet ordre. Y a-t-il un problème médical ? Si le sommeil s'est dégradé sans raison, voyez le médecin avant tout. L'heure du coucher est-elle juste ? Notez l'heure d'endormissement réelle pendant une semaine : dans un très grand nombre de cas, le problème est là et il se règle sans rien d'autre. Qui n'en peut plus ? L'épuisement parental est un problème de santé à part entière, et il compte dans la décision. Une méthode appliquée sereinement pendant dix jours vaut mieux qu'une méthode idéale abandonnée au troisième soir, et un parent à bout n'accompagne bien ni la nuit ni la journée.