Article publi-rédactionnel
Classe Montessori équipée de tables et de chaises en bois à hauteur d'enfant

L'environnement préparé désigne l'ensemble de ce que l'enfant trouve autour de lui : le matériel, bien sûr, mais aussi les étagères, la lumière, la circulation, et le mobilier sur lequel il travaille. Ce dernier point passe souvent au second plan dans les discussions sur la pédagogie, alors qu'il conditionne tout le reste. Un enfant qui doit tenir son équilibre pour rester assis dépense pour cela une attention qu'il n'a plus pour l'activité posée devant lui.

Le premier geste de Maria Montessori a été de changer les meubles

Quand la première Casa dei Bambini ouvre à San Lorenzo en 1907, l'école italienne fonctionne encore avec le banc-pupitre : une pièce lourde, souvent fixée au sol, où l'enfant est installé et d'où il ne bouge plus. Maria Montessori fait tout enlever. Elle commande de petites tables légères, des chaises basses en bois, des fauteuils en osier à la taille des enfants, et des meubles bas dont les tiroirs s'ouvrent sans l'aide d'un adulte.

Elle décrit dans Pédagogie scientifique le raisonnement derrière ce choix, et il n'a rien de décoratif. Un mobilier assez léger pour que deux enfants de quatre ans le déplacent rend visible la maladresse : la chaise raclée sur le sol fait du bruit, la table bousculée fait tomber ce qui est dessus. L'enfant entend son propre geste et le corrige, sans que personne ait à le reprendre. Le meuble devient un instrument d'éducation du mouvement, ce que le banc vissé au sol rendait impossible.

Porter sa chaise, la reposer sans bruit, l'avancer sous la table en partant : ces gestes appartiennent aujourd'hui encore aux exercices de vie pratique dans une ambiance 3-6 ans. Ils supposent un siège que l'enfant peut réellement soulever.

Ce que raconte un enfant qui se tortille sur sa chaise

Un enfant assis correctement a les pieds à plat, les genoux à angle droit environ, et les avant-bras qui reposent sur la table sans que les épaules remontent. Dès qu'une de ces trois conditions manque, le corps compense.

Les pieds dans le vide sont le cas le plus courant. Le poids du bas du corps tire vers l'avant, l'enfant glisse sur l'assise, s'accroche à la table avec les bras, cale un pied sous ses fesses ou enroule ses jambes autour des pieds de la chaise. À l'inverse, une assise trop basse par rapport au plateau fait remonter les épaules et bloque le geste d'écriture. Dans les deux cas, l'enfant se lève souvent, change de position, s'agite. Ce comportement est lu comme un manque de concentration alors qu'il en est la conséquence.

La question mérite d'être posée dans l'autre sens : avant de chercher pourquoi un enfant ne tient pas en place, regarder où ses pieds se trouvent.

Une affaire de centimètres

Le mobilier scolaire européen est encadré par la norme NF EN 1729, qui met en correspondance la taille de l'élève avec une hauteur d'assise et une hauteur de plateau. Elle définit huit tailles, numérotées de 0 à 7, et impose un marquage sur le mobilier conforme pour que chaque pièce soit identifiable une fois en classe.

Repères de la norme NF EN 1729

  • Taille 0 (enfant de 80 à 95 cm) : assise 21 cm, table 40 cm
  • Taille 1 (93 à 116 cm) : assise 26 cm, table 46 cm
  • Taille 2 (108 à 121 cm) : assise 31 cm, table 53 cm
  • Taille 3 (119 à 142 cm) : assise 35 cm, table 59 cm
  • Taille 4 (133 à 159 cm) : assise 38 cm, table 64 cm
  • Taille 5 (146 à 176 cm) : assise 43 cm, table 71 cm
  • Taille 6 (159 à 188 cm) : assise 46 cm, table 76 cm

L'écart entre le plateau et l'assise tourne autour de 20 cm quelle que soit la taille. C'est lui qui détermine la position des avant-bras, et il se vérifie en une seconde avec un mètre ruban.

Deux détails comptent autant que les chiffres. Le premier : la référence est la taille de l'enfant, pas son âge. Dans une classe multi-âges, l'écart entre le plus petit et le plus grand dépasse fréquemment deux tailles de mobilier, et un ameublement unique laisse forcément une partie du groupe mal installée. Le second : les catalogues de mobilier professionnel classent leurs modèles selon ces numéros, si bien qu'une chaise d'école se commande par sa taille normalisée et non par le niveau auquel on la destine.

Au sol, à la table basse, sur une chaise

Enfants assis au sol sur des tapis pendant un temps de regroupement

Une ambiance Montessori ne cherche pas à garder les enfants assis à une table. Une bonne partie du travail se fait au sol, sur un tapis que l'enfant déroule, délimite son espace et range ensuite. Les tapis de perles, les grands puzzles de géographie, les chaînes de cent demandent une surface que peu de tables offrent, et le sol laisse à l'enfant la liberté de tourner autour de son travail.

La chaise devient nécessaire pour les activités qui exigent un plan stable à la bonne hauteur : écrire, découper, verser, transvaser, coudre. Le mobilier d'une classe se réfléchit donc en plusieurs postures plutôt qu'en une seule, avec des tapis pour le sol, des tables pour deux enfants, quelques places individuelles, et de quoi s'installer confortablement pour lire.

La motricité libre, telle que l'a documentée Emmi Pikler, va dans le même sens chez les plus jeunes : un enfant qui choisit sa position tient plus longtemps qu'un enfant installé par un adulte.

Ce qu'on regarde avant de choisir un siège pour une classe

Au-delà de la hauteur, quelques caractéristiques déterminent la durée de vie du mobilier et le confort quotidien de la classe.

Ces critères se recoupent avec ceux que retiennent les acheteurs publics : les guides consacrés à la façon de bien choisir un siège scolaire mettent en avant la conformité à la norme, la résistance au feu, l'absence de substances toxiques et la facilité d'entretien, points qui reviennent systématiquement dans les appels d'offres. Une école Montessori sous contrat ou en cours de création se trouve soumise aux mêmes exigences que n'importe quel établissement, ce qui pèse dans le budget d'équipement d'une école.

À la maison, sans mobilier scolaire

Rien n'oblige à acheter du mobilier de classe pour aménager un coin de travail chez soi. Les repères restent les mêmes et se vérifient à l'œil : pieds à plat sur le sol, cuisses horizontales, plateau à peu près à la hauteur des coudes quand les bras pendent le long du corps.

Si la seule chaise disponible est trop haute, un tabouret bas, une caisse retournée ou une pile de gros livres sous les pieds règlent le problème pour quelques euros. Cette solution vaut mieux qu'une chaise adulte avec un coussin, qui remonte l'enfant sans lui rendre d'appui au sol. Une table basse et un tapis conviennent parfaitement aux activités des plus jeunes, et permettent d'attendre avant d'investir dans un mobilier que l'enfant aura dépassé en deux ans.

Le principe qui court derrière tout cela reste celui de l'environnement préparé : chaque objet placé dans la pièce sert l'activité de l'enfant ou la gêne. La chaise appartient à cette liste au même titre que les étagères et le matériel. Pour aller plus loin sur l'aménagement d'ensemble, l'article consacré à l'ambiance 3-6 ans détaille la disposition des espaces, et celui sur l'organisation de l'intérieur à la maison reprend la question pièce par pièce.

FR

Fanny Renna

Diplômée AMI, Drôme & Vaucluse

Elle a travaillé en école Montessori dans la Drôme et le Vaucluse. Les contenus de ce site sont fondés sur sa formation AMI et son expérience de terrain.

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